LISBONNE 22 avril 2008
10e ANNIVERSAIRE
de Sigila

vidéo 10 ans Sigila : cliquez ici
Communications
João Pedro Garcia : Discours d’ouverture de la journée anniversaire des 10 ans de Sigila
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Por razões que me levam a ter que permanecer em Paris na data da comemoração dos 10 anos da revista Sigila, não poderei estar presente nas sessões que terão lugar, em Lisboa, na Reitoria da Universidade Aberta e na Sede da Fundação Calouste Gulbenkian. Sigila deve-se, em grande parte, à tenacidade da sua Directora, Mme Florence Lévi. Várias ramificações escondidas e paradoxais ligam de forma muito original a revista e o seu tema – o segredo – às formas de vida mais abertas e públicas, como o teatro. Mme Lévi tem firmemente prosseguido este projecto e merece o aplauso de todos nós, pelo que foi feito, bem como o incentivo para o futuro. Em poucos anos, Sigila tornou-se já uma das mais importantes revistas luso-francesas. Através do Serviço Internacional, a Fundação apoiou a revista praticamente desde o seu início. No Centro Cultural Calouste Gulbenkian, em Paris, decorreram várias sessões de lançamento. Recordo em particular, aquela que trouxe ao público o número 19, em Junho de 2006, e que contou com a presença de Mário Soares, autor do respectivo prefácio. O número 21, lançado hoje, é prefaciado por Eduardo Lourenço, insigne professor e ensaísta, também Administrador da Fundação. Entre os membros do “Comité de Parrainage” contam-se figuras ilustres da Cultura luso-francesa, incluindo actuais directores da Fundação e, até ao seu falecimento, a Professora Maria de Lourdes Belchior, antiga directora do Centro em Paris. São assim fortes os laços que unem Sigila e a Fundação. O número 21 de Sigila, em memória de Solange Parvaux, que aliás nele deveria colaborar se a morte a não tivesse impedido, é por coincidência dedicado ao cruzamento de culturas, em especial as culturas lusófonas. Quem melhor do que Solange Parvaux, incansável batalhadora em favor da língua portuguesa não só em França mas por todo o Mundo, para apadrinhar esta revista e a sua projecção fora de França, em Portugal como noutros países? João Pedro GARCIA est directeur du Serviço Internacional de la Fundação Calouste Gulbenkian et du centre culturel Calouste Gulbenkian de Paris. |
António Coutinho :
De l’importance de la science et de l’international
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Neste aniversário que hoje celebramos, trago aos Editores de Sigila e a todos os que têm contribuido para o êxito desta publicação, muito particularmente Florence Lévi, as felicitações e os melhores desejos de continuação feliz, da parte da Fundação Calouste Gulbenkian. Tendo tido o previlégio de seguir de perto este projecto desde o seu lançamento, sinto-me quase "da casa" e, portanto, com o direito de fazer sugestões para os próximos 10 anos que, estou certo, serão de sucessos renovados. Sendo um homem da Ciência, não posso nem quero deixar de o afirmar. A primeira sugestão tem raiz da minha profunda convicção de que a Ciência
é parte integrante da cultura moderna, ou seja, que não há verdadeira
cultura sem o conhecimento do mundo e de nós próprios, sem a compreensão da
Natureza, que nos oferece a Ciência. A Ciência propõe-nos essa compreensão
através da derivação racional das leis naturais que nos governam e a todos
os seres vivos, ao mundo e ao universo, do conhecimento das origens de tudo
e da sua evolução. A Ciência, ao mostrar-nos que a vida só aconteceu uma vez
no planeta, ensina-nos que somos todos – homens, eucaliptos, bactérias e
crocodilos – da mesma natureza e que, se hoje dominamos o mundo, é por poder
e não por direito. A Ciência ensina-nos, portanto, um "humanismo
não-antropocêntrico", cuja prática seria certamente desejável entre
intelectuais que vêem o mundo pelo apertado prisma das suas preocupações "culturais".
Os "intelectuais" chocar-se-iam, e com razão de resto, se um cientista não
conhecesse Rimbaud, ou Bonnard, ou Debussy, mas não se dão conta que ignoram
quem foi Mendelief ou Delbruck, ou quem é Brenner. Já lá vão mais de 50 anos
da célebre conferência de Snow sobre "as duas culturas", mas somos obrigados
a constatar que a ignorância está ainda |
Florence Lévi :
Sigila, Paris-Lisbonne, « Entrelacs / Entrelaços », 10 ans de publication
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Madame Laure Bourdarot, Messieurs João Pedro Garcia, António Coutinho, João
Caraça, je vous remercie d’avoir ouvert ainsi cette journée anniversaire
des 10 ans de Sigila. Le projet de fêter les 10 ans de Sigila à Lisbonne est né il y a
plus d’un an et nous avons eu aussitôt la promesse de la Fundação Calouste
Gulbenkian en la personne de João Pedro Garcia de bénéficier de son appui,
ce qui nous a confortés dans notre projet et permis de le transformer en
décision, puis en démarches diverses pour le mettre sur pied. Depuis 1998, date de naissance de la revue et de parution du 1er numéro, nous avons tenu régulièrement, après chaque parution, une table ronde. Or, ce ne fut qu’une fois à Lisbonne (en 2002), ici même, d’ailleurs, puisque c’était déjà sous la houlette de Carlos F. C. Carreto, déjà enseignant à l’Universidade Aberta. (la première manifestation autour de la revue avait eu lieu aussi à Lisbonne, en 1998, pour le lancement du n° 1, à la librairie française, dirigée à l’époque par Béatrice Montamat – que je remercie d’être venue de Marseille où elle réside actuellement, pour nous honorer de sa présence aujourd’hui). Les autres tables rondes (plus de 15) ont eu lieu à Paris, au Centre Culturel Calouste Gulbenkian ou à la Maison des sciences de l’homme – avec laquelle Gris-France a signé une convention, et qui soutient notre publication. Le comité de rédaction de Sigila a souhaité rééquilibrer les choses en créant un événement d’importance autour de cette revue, au Portugal. Une autre raison pour laquelle je suis heureuse que ces comemorações – terme trop pompeux si on le traduit en français mot à mot – se passent au Portugal est que Sigila a beau être une revue franco-portugaise ou luso-française, elle est plus connue en France qu’au Portugal. (Cela a pris du temps et elle n’est pas encore très connue en France, mais bien plus que les premières années, grâce notamment au site Internet dont le webmaster est Rita Argenziano). Or une revue – même sur le secret – est faite pour être lue – qu’elle soit appréciée ou non. Aussi, nous réunir autour de Sigila à Lisbonne, c’est espérer avoir un public portugais, un public lusophone et que le bouche à oreille fonctionne et permette à cette revue sur le secret d’être moins secrète. Mais comme certains d’entre vous ne sont pas très familiers de Sigila, je tiens à exposer brièvement les caractéristiques de cette revue qui a réussi à tenir et à s’affirmer pendant dix ans, comme « revue transdisciplinaire franco-portugaise sur le secret », ce qui, il y a déjà 6 ans – si ma mémoire est bonne – avait fait dire à l’un de nos parrains, Jacques Derrida : « Maintenant, vous êtes sur un boulevard ». Le n° 1, « Dire le secret », est paru en janvier 1998, il y a 10 ans. Nous entrons dans la onzième année. 10 ans, 20 numéros, le compte est bon : nous publions 2 numéros par an, de manière très régulière : en mars et en octobre. Est-ce un exploit ? C’est en tout cas une réalité que nous étions loin de prévoir lorsque nous nous sommes lancés dans cette aventure (avant janvier 1998, bien sûr). Nous avons été encouragés dès le début par le nombre de souscripteurs ainsi que par la composition du comité de parrainage, « prestigieux » (dont hélas certains nous ont quittés trop tôt : Maria de Lourdes Belchior, José Augusto Seabra, Jacques Derrida, Pierre Vidal-Naquet) et par des « spécialistes » du monde de la revue (des « revuistes », dit-on en France) : l’association Ent’revues et son directeur, André Chabin. Mais ce qui a permis – et qui permet encore aujourd’hui – la réalisation de cette revue, c’est la participation active de chacun d’entre nous, de chacun des membres du comité de rédaction : Charles Baladier, Carlos Carreto, Monique Le Moing, Ruth Py-Daniel Lépine, Anne Raulin, Bernard Sesé, Sylvie Sesé-Léger. Chacun joue son rôle dans le comité de rédaction, en fonction de sa disponibilité, de ses compétences, de ses relations dans son domaine (diverses disciplines sont représentées à travers eux : l’anthropologie, la psychanalyse, l’histoire, la littérature, la poésie, la traduction, de l’espagnol et du portugais, du Portugal et du Brésil). Outre le comité de rédaction, plusieurs personnes participent activement, officiellement ou dans l’ombre, à la revue : nos parrains, nos membres correspondants, les membres du conseil d’administration de Gris-France, l’association créée en 1998 pour éditer la revue, et des personnes dont je dirais qu’elles sont amies de Sigila. En outre, puisqu’une revue n’est pas seulement un contenu, mais aussi un objet, il faut mentionner l’imprimeur et surtout le maquettiste. Jacques-Antoine Bresch, flûtiste de son métier, est une perle rare ! Il me prie de l’excuser de son absence, mais c’est justement pour des raisons musicales qu’il ne peut être avec nous aujourd’hui. Quant à la maquette de couverture, elle est l’œuvre de Sylvette Dufour. La ligne éditoriale n’a pas changé depuis son élaboration en 1996-1997, avec Helena Barroso – co-fondatrice de la revue. Il s’agissait de rompre le cloisonnement universitaire, de traiter du secret et de notions qui s’en rapprochent, d’être franco-portugais. Ce dernier objectif (je laisse le soin à Carlos Carreto de parler de la thématique) a-t-il été rempli ? En partie : nous avons publié dans pratiquement tous les numéros des articles sur la culture, la littérature portugaise ou brésilienne, publié des poèmes de poètes portugais ou brésiliens. Des chercheurs portugais ou brésiliens ont écrit dans la revue : entre autres, nos parrains José Mattoso, Affonso Romano de Sant’Anna, Gilberto Mendonça Teles, Maria Alzira Seixo ; des chercheurs reconnus tels que António Coimbra Martins, Anita Novinsky, Teresa Rita Lopes ; des personnalités du monde culturel et politique : Isabel do Carmo, et même le Président Mário Soares (préface du n° 19 intitulé « Clandestinités-Clandestinidades »). Nous aimons bien solliciter comme préfaciers des autorités et personnalités. Ce fut le cas avec Pierre Vidal-Naquet – qui fut aussi un parrain exemplaire et que nous regrettons profondément, dont la voix nous manque. Ce fut le cas récemment, de Jean Duvignaud, qui a préfacé le n° 20 peu de temps avant sa mort. Quant à ce numéro 21, « Entrelacs-Entrelaços », il est préfacé par Eduardo Lourenço. Mais il n’y a pas eu que des personnalités ; nous aimons beaucoup donner la plume à de jeunes doctorants et étudiants. Ceux-ci ont écrit de fort intéressants articles, originaux et profonds. Pour certains ce fut leur première publication, ce qui nous honore de part et d’autre. Toutes les contributions proposées sont lues par tous les membres, discutées en réunion (nous en faisons régulièrement, mais pas trop souvent, environ 4 par an). Et les échanges entre nous et les auteurs peuvent être nombreux entre le moment où un auteur nous fait une proposition et le moment où l’article est prêt à être imprimé. Il me semble qu’il est plus facile de trouver des personnes prêtes à écrire dans la revue que des lecteurs. Autrement dit, se pose, pour Sigila, comme pour toutes les revues, la question de la diffusion et de la visibilité. Comme toutes les revues, elle est un objet peu estimé de la plupart des libraires, donc peu achetée en librairie. Elle a cependant un public fidèle d’abonnés – dont un bon nombre de bibliothèques universitaires, en France essentiellement, mais un peu aussi au Portugal. Avec le temps, nous affirmons de plus en plus le désir de voir cette revue jouer un rôle de passerelle, sinon de passeur, entre la France et le Portugal. Ce n’est pas un hasard si le numéro 21, que nous fêtons ce matin à Lisbonne (cet après-midi sera plus consacré au n° 20 et au théâtre du secret, mais les entrelacs y sont présents aussi), s’intitule « Entrelacs-Entrelaços ». Nous avons voulu que ce numéro entrelace effectivement des regards français et lusophones (du Portugal, du Brésil, de l’Afrique et de l’Asie lusophones). Dans le mot « entrelacs » il y a l’idée de liens et de tissage. Si les 21 numéros déjà parus de Sigila ont eu une fonction, espérons qu’elle ait consisté à tisser des liens entre ces pays, des « regards croisés », des échanges, mais, mais… sous l’angle du secret, du non-dit… Florence Lévi est directrice de la revue Sigila |
Carlos F. Clamote Carreto
:
O segredo e os nomes / Une esthétique du seuil et de la
médiation
(A propósito do 10º aniversário da revista Sigila)
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Como em qualquer mito fundacional, conviria à revista Sigila uma narrativa etiológica susceptível de contar as origens mais ou menos fabulosas e secretas, deste projecto. A verdade é que já não guardo uma memória muito precisa destas origens. Ter-se-á o tema imposto para dizer e preencher esse vazio universal que simultaneamente nos assombra e nos estrutura e desestrutura a cada instante? Terá irrompido de uma consciência, mais ou menos difusa, de que toda a representação, todo o signo (seja qual for a sua natureza ou estatuto), apenas consegue dizer (e de forma irremediavelmente imperfeita) a ínfima parte de um pensamento ou de um sentir percorridos e rasgados pelo não-dito, o inter/dito ou o indizível, o segredo apontando então para esse imenso território constituído por uma multidão de formas e significados não-realizados, eternamente latentes, mas nas quais sonhamos utopicamente encontrar um dia a transparência cristalina da plenitude do sentido e da existência? Ou então, ter-se-á o tema imposto porque, pura e simplesmente, o segredo sempre esteve aí, mesmo à nossa frente, constantemente disponível numa presença tão ofuscante que o torna invisível? Seja como for, reinventar o segredo, na acepção retórica e medieval do termo inventio, equivale a reencontrar e revisitar todos esses lugares comuns de um eterno re-conhecimento, este espaço ao mesmo estranho e familiar, luminoso (ou numinoso) e sombrio que habitamos e que habita em nós. Ao escolher este fascinante tema (ou, mais justamente, ao deixar-se por ele escolher), a revista Sigila ficava, de certo modo, condenada, para o melhor e para o pior, a pôr em causa e a fazer implodir as fronteiras, artificial e tradicionalmente, erguidas entre os diversos saberes e domínios da actividade humana. Neste sentido, a transdisciplinaridade inscrita, desde o início, no subtítulo da revista não resulta apenas de uma atracção por certos modismos terminológicos ou de uma tentativa de filiar a visão da realidade que a percorre numa determinada tradição literária ou hermenêutica, traduzindo antes o desejo de elevar a convergência ou transversalidade ao estatuto de princípio estruturante da organização do pensamento, do mundo e do discurso. Assim, ao percorrermos os vários números de Sigila, vemos frequentemente o olhar da psicanálise cruzar-se com a da filologia, a visão histórica reencontrar o mito ou a lenda abordada no prisma da etnologia ou da antropologia, a estética literária abrir caminho à representação teatral, cinematográfica, arquitectónica, musical ou pictórica (e vice-versa), o imaginário poético entrelaçar-se com a razão científica e o paradigma genético-biológico que domina a actualidade. Mas estes afortunados encontros conduzidos sob a égide do segredo não se limitam à esfera conceptual e metodológica. Contam também, e antes de mais possivelmente, a história de uma aventura humana que permitiu, entre muitos outros feitos inenarráveis, o encontro de nomes que marcaram, nos mais diversos domínios, a nossa contemporaneidade, tais como Pierre Vidal-Naquet, José Lima de Freitas, Gilbert Durand, Eduardo Lourenço, Jean Starobinski, José Mattoso, António Coimbra Martins, Marcel Duchamp, Pierre Brunel, Jack Goody, Mário Soares ou Paul Teyssier (que me perdoem os que não cito mas que nem por isso ficam esquecidos) com outras tantas vozes menos sonoras, mas igualmente lúcidas e pertinentes. No entrecruzar de uma incessante confluência de registos, tonalidades e géneros discursivos, Sigila descobria assim progressivamente um estilo próprio que se poderia definir como estética dos limiares e da mediação. Com efeito, entre o rigor académico e científico e a limpidez de uma linguagem acessível a todos, entre o olhar analítico e uma visão sintética do objecto observado, a revista procurou fugir à tentação de fragmentar ou de diluir o segredo através de uma palavra totalizadora, fazendo da sugestão (aliada, por vezes, à elipse) um princípio editorial que visa reinscrever o segredo no centro mesmo da leitura, da experiência heurística da leitura. Sigila acabaria igualmente, deste modo, por estilhaçar ou anular outras fronteiras; as fronteiras que separam, por exemplo, artificialmente línguas e culturas quando estas, pelo, contrário, se regeneram mutuamente através de um constante entrelaçar de formas, sentires e sentidos. Vislumbra-se aqui o sonho, ambicioso e volúvel por natureza, que percorre a revista desde a sua criação: fazer do segredo uma linguagem universal que, ao reaproximar, de forma privilegiada, esses dois imensos territórios que são as línguas portuguesa e francesa, permitisse igualmente ir ao encontro de outros povos, línguas e culturas. Mas refiro-me também à diluição das fronteiras que dividem frequentemente a actividade crítica da experiência estética, o espaço reflexivo cedendo o lugar, em cada número da revista, ao puro espaço poético no qual, tendo apenas como denominador comum o segredo que habita e percorre as suas obras, autores como Juan Ramón Jiménez, Apollinaire, Pierre Jean Jouve, Carlos Drummond de Andrade, Victor Hugo ou Miguel Torga dialogam discretamente, ao ritmo das páginas que se vão virando, com poetas como António Ramos Rosa, Walter Benjamin, Henri Michaux, Camilo Pessanha, F. Pessoa, Emily Dickinson, Nuno Júdice, Rilke, Camões, Baudelaire, António Gedeão, Joaquim Du Bellay e tantos outros. Sendo, por natureza e vocação, o segredo uma membrana frágil e mediadora que permite ao mesmo tempo separar e pôr em contacto dois universos disjuntos, publicar uma revista inteiramente dedicada a este tema é, decerto, um projecto arriscado, percorrido por um misto de inconsciência e de audácia. Por um lado, porque dar corpo às múltiplas valências e matizes que desenham essa sombra diáfana ou espessa que o segredo estende sobre a linguagem (seja qual for a sua natureza) estilhaçando, de modo imprevisível ou estrategicamente controlado, os seus contornos e sentidos, não passa de um ponto de fuga do desejo perante o qual corremos sempre o risco de destruir o objecto observado ou de vermos desvanecer-se um segredo que apenas existe no informulado e que, mal sente a ameaça da revelação, do nome, do espectro da representação, se refugia instantaneamente na metamorfose em vez de se entregar a uma palavra que nunca o poderá esgotar/esvaziar sob pena de se anular a si mesma. Por outro lado, como o sublinhava lucidamente Eduardo Lourenço a propósito do último número, porque, sob a ambição de dizer o segredo ou de recolher as suas diversas manifestações, paira o risco da deriva. Com efeito, o pior inimigo do segredo não consistirá tanto, porventura, na revelação na sua qualidade de cúmplice íntimo do segredo, de duplo ao mesmo tempo sombrio e luminoso, mortífero e vital, do segredo, mas sim na sua queda no indiferenciado e na instrumentalização, situação que acontece, por exemplo, quando o segredo se torna pretexto para tudo dizer ou tudo calar, para tudo explicar e nada desvendar, quando, em suma, se torna insignificante de tanto querer significar, deixando de apontar para esse irredutível lado obscuro e insondável que constitui o âmago da existência humana nas suas mais ínfimas pulsações. Não obstante este risco, que é sempre necessário, bem ou mal, converter em força, os 21 números até agora publicados de Sigila tiveram pelo menos o mérito, julgo eu, de pôr em relevo a dimensão relacional, ou seja, religiosa, do segredo. Com efeito, se, numa constante dialéctica entre a abertura e o fechamento, o segredo é aquilo que simultaneamente nos identifica e perturba (seja ele intimidade subjugada ou indomada, expressão da vergonha, inefabilidade sensorial ou identidade oculta de contornos sagrados ou iniciáticos), é igualmente instância ética e moral, bem como estética e ideológica através da qual o homem comunica e se manifesta socialmente (ou através da qual, pelo contrário, é impedido de o fazer), irrompendo então sob o signo da dissimulação, da clandestinidade, da confissão, da representação artística, do segredo político e institucional e muitas outras (más)caras possíveis. Como se adivinha, a hidra multiforme do segredo propaga-se, indómita, em todos os sentidos e direcções. Depois dos «Entrelaços», tema do último número do qual muito se falará (espero eu) durante esta manhã, eis que ganha já corpo «O segredo das origens», tema da próxima publicação, ao qual virão suceder «Os segredos da noite» e depois, quem sabe, o enigma, a conspiração, a morte, a censura, o medo, a suspeita, vivências ou temas que todos experienciámos ou encontrámos expressos de uma forma ou de outra e sobre os quais vos convido, desde já, a reflectir de modo a termos matéria para alimentar a revista nos próximos dez anos. E mais não direi até porque, se o segredo, seja ele segredo de polichinelo ou essência do sagrado, é a alma do negócio, este deverá também permanecer no centro desta narrativa sigilesca que apenas pretendeu contar, em traços largos, a trajectória, ambições e limites de uma aventura editorial que continua por escrever. Muito obrigado a todos.
Carlos F. Clamote Carreto est membre du comité de rédaction de Sigila. Professeur à l’Universidade Aberta et directeur du département des humanités dans cette même université. |
Eduardo Lourenço
: O melhor dos laços
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Não é um segredo para ninguém que a idade de ouro da revista, ao menos no Ocidente, é apenas um ícone cultural do passado. Esse período glorioso de magia cultural de influência europeia, correspondendo grosso modo ao triunfo da burguesia cultivada da Europa – desde da Revista de Edinburgh ou da Revue des deux mondes, até à Revista de Occidente, para falar das mais lidas entre nós –, não resistiu ou mudou de forma com a Idade da Ideologia que teve, na revista Esprit, e, mais tarde, nos Temps Modernes, as suas expressões mais representativas. Com o fim desta época e a disseminação cultural de massa através da rádio, da televisão, das páginas culturais dos grandes jornais, os sítios ou as referências míticas da grande cultura sofreram uma autêntica metamorfose. Com ela, foi o mito mesmo de uma cultura de elite com expressão cosmopolita – de que os suplementos literários do Times, do New Yorker, ou as páginas dos grandes jornais como o Frankfurter Allgemeine, La Reppublica, a Babelia do El País, na vizinha Espanha, ou, entre nós, o Mil Folhas – que mudou de público, associando intimamente o interesse cultural de grande exigência literária à revolução e metamorfose do cultural, sobredeterminada pela omnipresença da paixão lúdica sob todas as suas formas ao serviço da imagem ou por ela condicionada. Sem entrar propriamente na clandestinidade ou mesmo nas catacumbas – quer dizer nos diversos guetos universitários –, a antiga cultura desenvolveu estratégias de sobrevivência surpreendentes, descobrindo «nichos», perspectivas, centros de interesse temáticos em «prise directe» sobre uma realidade em mutação constante, conciliando – mesmo com algum mecenatismo providencial desse circuito universitário –, e tirando um certo fascínio desta aventura assumidamente arriscada e minoritária. A revista que hoje vem festejar entre nós os seus dez anos de peregrinação não apenas inter-disciplinar, mas transnacional, com os seus dois pólos francês e português (como cultura e língua), é um bom exemplo desta sobrevivência bem sucedida, elegante na forma e apaixonante na diversidade dos assuntos que aborda. É sobretudo, no sentido físico do termo, um elo entre duas áreas culturais desde há séculos ligadas uma à outra e hoje mais necessário do que nunca numa Europa-Pénélope que parece se ter perdido da Ítaca virtual que já foi e mais pronta a dissolver-se no mar caótico de uma globalização sem memória de si e de ninguém do que disposta a pôr em comum o que teve de comum e fez de nós aquilo que ainda somos. Já não nos espantamos de nada e talvez não haja de quê. Mas para a geração a que pertenço, ainda tão fascinada pela antiga «mère des arts et des lettres» em transe de conhecer a melancolia de um relativo obscurecimento da sua presença entre nós (mas não tanto como a nossa prática cultural o apregoa), esta presença, agora menos assimétrica do que o foi em tempos, da França entre nós e de nós em França, é uma consolação e uma esperança. O «orgulhosamente sós» – que, no domínio cultural, nunca foi nem a nossa realidade nem a nossa utopia – é um anacronismo no tempo europeu que partilhamos. Somos de várias parcerias europeias. E de outras no vasto mundo. Em particular, onde deixámos traços indeléveis dos nossos encontros-desencontros. Em nada isso implica – e não só a título de memória – que o laço cultural que nos liga a França não continue a ser para nós, mesmo em plena, inevitável e salutar imersão na galáxia anglo-saxónica, um laço objectivamente especial. E agora sem aquele quase natural ressentimento de «mal amados» ou pouco visíveis que supúnhamos aos olhos desse modelo francês que durante três séculos, sem ser o único, tanto nos deslumbrou. Através da França – e os Portugueses deviam sabê-lo um pouco mais do que o sabem – a nossa presença na Europa – e mesmo no mundo – foi mais seriamente visível e apreciada do que hoje é. A atenção que esta bela revista nos consagra com tanta dedicação (e, há tantos anos, modelo de transversalidade, à maneira da tradição comparatista), é o melhor dos plurais diálogos de que uma cultura viva se alimenta. E o mais precioso para nós como oferta de uma liberdade a outra. Não há palavras com que se agradeça este banquete que tão platonicamente é acto de simpatia e amor. Eduardo Lourenço est écrivain. |
António Vieira :
Entrelaçamentos e cumplicidades
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Para quem, vindo de Lisboa, chega ao Brasil, o entrelaçar de hábitos, tradições e diferentes versões da língua, os contrastes que se apresentam, as cumplicidades e mal-entendidos que se vivem, prestam-se a uma fruição irónica das dissonâncias. Em 1999, passados os cinquenta anos e transposta a ideia de que o Brasil não me interessava e se encontrava longe dos meus interesses, aterrei pela primeira vez no Rio de Janeiro. Logo no aeroporto, o grupo dos passageiros recém-chegados alinhou-se em duas filas, seguindo as instruções afixadas num placard, que dizia: «de um lado, brasileiros, do outro, estrangeiros e portugueses». A coisa foi tão insólita que fiquei sem saber qual era realmente o meu estatuto de viajante nesse mundo extraordinário que se me abria. As surpresas do quotidiano foram tais que optei, desde o primeiro dia (coisa em que não tinha pensado antes), por tomar notas abreviadas destinadas a um diário de viagem. Em 2000, numa segunda visita, retomei o diário, anotando no mesmo caderno impressões de momento – nos entreactos e tempos mortos, em aeroportos e outros intervalos, às vezes exausto, entre o sono e a vigília. As viagens desses dois anos levaram-nos, à Gilda e a mim, para além das grandes cidades do Rio e de São Paulo, até estados e locais remotos – o Mato Grosso do Sul e o Pantanal, o Nordeste (Recife e Olinda, e no ano seguinte, Maceió e o Estado de Alagoas), São Salvador da Bahia e, por fim, Belém do Pará e a Amazónia. No regresso a Lisboa, transformados os fragmentos do diário num texto com sequência, apercebi-me com surpresa de que ele suscitava nos nossos amigos – portugueses, mas também brasileiros – um vivo interesse e inúmeros comentários: era o efeito da estranheza do visitante, do olhar do outro (“que se interessava demais pela natureza”), do confronto com os contrastes e os paradoxos do convívio entre dois povos falando a mesma língua e partilhando uma fracção comum de História. Gilda conhece meio mundo no Rio, onde nasceu: e os seus amigos, que conhecemos a um ritmo alucinante, tornaram-se meus amigos sem delongas, estabelecendo um convívio caloroso desde o primeiro momento. Muitos deles – escritores, filósofos, compositores, críticos, professores universitários – manifestam uma atitude tão afim da nossa, vivem problemas tão próximos dos nossos, que nos parece estar na intimidade da nossa cultura; mas eis que damos um passo noutra direcção e nos sentimos como no planeta Marte, nos mais estranhos cenários e insólitas situações. Um dos lugares de encontro e desencontro inevitáveis é a língua. Para além da surpresa – apesar do que sabemos – de ouvir toda a gente falar português em toda a parte até aos confins do espaço brasileiro (o mestiço que nos serviu de guia na floresta amazónica paraense começou logo a falar comigo dos animais e das plantas, das terras e dos rios; e o boieiro ao lado do qual percorremos a cavalo a fazenda Margarida, imensa, bordejanto a fronteira do Paraguai, falou o português para ele possível), os encontros são às vezes dominados pela perplexidade. É o lado brasileiro que, confundido pelo fechamento do som das vogais e a apressada dicção das consoantes do português luso, mostra o seu embaraço: muitos brasileiros ficam “surdos” quando ouvem de súbito falar português lusitano! Um condutor de táxi, após uma longa travessia da cidade de São Paulo em que conversámos abundantemente, perguntou-me no fim, no momento de pagar, que língua eu falava, que lhe parecia espanhol; e uma pianista com quem troquei impressões no intervalo da ópera, ao voltarmos para o camarote, perguntou-me, insegura: “Compreende português?” – Num hotel em Belém, a menina da recepção, à primeira tentativa, não conseguia entender-me. “Calma, falamos a mesma língua!” – e aí, de repente, transformando a mímica e processando os sons estranhos que ouvia em conteúdos de compreensão, declarou com júbilo que também o seu avô era português, e outras coisas assim. Outro entrelaçamento prodigioso é o das culturas, ao longo do vasto território do Brasil, noventa e sete vezes mais extenso do que o da antiga metrópole (os cartógrafos portugueses do século xvi falsificaram as proporções do Brasil nos mapas, por forma a não transgredirem o estabelecido no Tratado de Tordesillas). Logo após a chegada, numa volta em automóvel pela floresta da Tijuca, que encima o Rio, encontrámos um grupo de mulheres e homens num cenário fantástico junto a uma cascata, em pleno transe, celebrando um ritual afro-brasileiro; e, à chegada à Bahia, deparámo-nos com milhares de pessoas, de todos os tons de pele entre o negro e o branco, dançando e ondulando ao som de música, indiferentes à chuva que caía. E há toda a gama de ambientes inauditos, imensos e variados, culturas, ecossistemas, lendas e crenças variadas, exóticas para quem chega. Em contraste com Portugal, país em que nada acontece, revelam-se a extrema vitalidade e mobilidade das sociedades brasileiras, na sua variedade inesgotável. A minha primeira grande surpresa no Rio foi a representação física da fractura social: subindo ao Corcovado, de onde se avista quase toda a cidade, observei a linha nítida que delimita a fractura social e separa a cidade “burguesa” das favelas. Estas, vistas de longe, são de grande beleza, sobretudo de noite, quando cintilam misteriosamente de mil luzes; mas exalam um cheiro fétido, e são zonas interditas a quem não lhes pertencer, o que faz rondar um sentimento de inquietação. Às vezes, sobre os morros, alta noite, descobrimos o vulto do Cristo Redentor, enorme, vermelho em certas noites, verde e espectral, noutras, pairando acima das favelas. As trocas entre os dois mundos só se fazem de dia, quando uma legião de trabalhadores e empregadas desce dos morros: vêm trabalhar em casas particulares, ou ao serviço de empresas. As mulheres, misto de índias e negras («têm um pé no mato e outro na cozinha», como lá se diz), trazem a sua culinária e algo das suas crenças para as casas burguesas em que trabalham, e formam um elo, efémero mas forte, entre as duas fracções da população: reminiscência do tempo dos escravos, denegada por vezes, mas óbvia. De resto, verifiquei com espanto que as cartas da cidade do Rio elidem a existência das favelas; no espaço em que as representam escrevem apenas o nome dos morros, e quem consulte os mapas urbanos ficará com a ideia que são lugares desabitados. É interessante que os brasileiros a quem chamei a atenção para este facto não tinham reparado nele. Quanto aos crimes terríveis – extorsões, raptos e homicídios, decorrentes dos fora-da-lei e também da (in)justiça privada que se instaura em cada clã, ao sabor das decisões cruéis e arbitrárias de grupos organizados de marginais que dominam cada morro, onde não chega o Estado de direito – esses crimes, que ocorrem mais ou menos perto de nós, às vezes ao virar da esquina, e enchem páginas dos jornais, são denegados, ninguém fala deles senão, por vezes, com humor, ou então, como um pesadelo, com horror.
Uma experiência revigorante é a de fazer uma conferência ou
dar uma aula numa universidade brasileira: a atenção dos auditores acompanha
a curiosidade, e as perguntas dos que assistem, surpreendidos perante novas
perspectivas e enunciações das matérias expostas, sempre «estimulam o
narcisismo de quem fala», conforme à expressão de um escritor português que
teve a mesma vivência. Voltar ao Brasil, quase sempre um mês por ano, como
temos feito nos últimos dez anos, torna-se uma aventura renovada, da qual o
tédio está afastado: é uma espécie de intermitência festiva, excitante, não
isenta de riscos, em que a surpresa recresce e nos transporta ao júbilo. |
Hugues Didier : Itinéraire de Bahia à Jérusalem.
Chasse aux trésors, chasse aux secrets, chasse au sacré?
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Je ne reparlerai guère de l'article écrit pour le n° 21 de Sigila, « De l'Inde à la péninsule Ibérique, Heurs et malheurs du secret en religion »[1], car je ne résiste pas à la tentation d'évoquer en premier lieu le passionnant article de Jérôme Souty, « Le “secret” afro-brésilien entre oralité et écriture »[2]. Dans la notion d'awô, « secret », « mystère », qualifié d' « élément nucléaire du candomblé »[3], il y a de quoi explorer toute l'anthropologie religieuse, c'est-à-dire les hommes en tant que producteurs, en tant que consommateurs et en tant que destructeurs de sacré et de secret. Sigila, revue transdisciplinaire franco-portugaise sur le secret, participe à ce vaste processus, en éventant les secrets, en les mettant à la portée du public, œuvre d'analyse, de destruction ou de déconstruction qui entretient un rapport direct avec les grands mouvements successifs d'instauration, de diffusion et d'abandon des religions par l'humanité. À la source du sacré, le secret. Comme le précise Jérôme Souty, « le su doit être tu, et le connu, dissimulé. Il y aurait même une relation d'inversion entre le niveau de connaissance et le besoin de divulgation.[…] la rétention du savoir ésotérique fonctionne comme la manifestation ostensible du pouvoir »[4]. L'humanité sait depuis l'aube des temps – tout particulièrement les serviteurs des temples et les hommes de foi – que le jeu du savoir tu, du secret et du sacré est un jeu de pouvoir. Avec raison, Jérôme Souty s'étend sur « l'efficacité symbolique des connaissances secrètes » et sur « la fonction protectrice du silence et du secret »[5]. Il décrit enfin « un nouveau contexte »[6], celui de la fin du candomblé, celui de son entrée dans la grande société brésilienne, c'est-à-dire mondiale. La répression des cultes afro-brésiliens a depuis longtemps cessé : il n'y a donc plus de trésor à cacher aux puissants. Plus encore, le candomblé bénéficie – si l'on peut dire – d'une officialisation, entre dans la communication, pire encore : entre dans l'écrit : « Avec l'écrit, le secret n'est trahi qu'une fois, mais pour toujours »[7]. Le candomblé apparaît comme soluble dans la transparence universelle, ou plutôt le fait est accompli : il y est déjà dissous, après les hermétismes et autres ésotérismes du monde proche-oriental et méditerranéen. Il n'est qu'un vaincu parmi d'autres de la guerre conduite par l'Europe contre le secret. Sur la planète entière, la générale promiscuité des peuples, des religions, des âges et des écrits procède d'une histoire proprement occidentale : à la fois la violence des histoires ibérique et coloniale, et l'invention de l'imprimerie complétée par celle du Web… Il est difficile voire impossible d'échapper à ce monde de transparence et de communication.
Une des question posée dans l'article « De l'Inde à la Péninsule ibérique, Heurs et malheurs du secret en religion » est celle de la responsabilité historique des grandes Églises chrétiennes, et en amont de celles-ci, par Jésus de Nazareth, dans la guerre conduite contre le secret, guerre qui, conduite jusqu'à son terme, désacralise, étendant indéfiniment l'espace profane ou séculier. S'il n'y a plus rien de secret, il n'y a plus rien de sacré. L’émission Chasse au trésor à la télévision française nous donne une représentation parodique du secret à découvrir – un trésor est toujours secret, puisqu'on le cache, le secret étant ce qui le constitue comme trésor ou est signe de sa valeur –, avec toujours une dose significative de sanctuaire violé par l'indiscrétion des caméras. Les Romains qui profanèrent le Temple de Jérusalem en l'an 70 se croyaient venus pour cette chasse au trésor. Certes, il y en avait un dans le Temple, qui, comme tous les sanctuaires antiques, jouait un important rôle économique et social. Des objets de valeur, ainsi la Menorah, le chandelier, fut emportée à Rome pour y être exhibée : l'Arc de Titus en reproduit l'image. Mais l'armée livrée au pillage passa à côté du vrai trésor du temple, trésor qui était aussi son secret. C'était le Nom ineffable, le Shem Hammephorash, que seul le Grand Prêtre énonçait au jour de Kippour, dans le Saint des Saints (Lévitique, 16:13).
Née de ceux qui pleurèrent comme tous les Israélites la destruction du Temple, mais répandue chez les descendants de ceux qui le profanèrent et le détruisirent, l'Église chrétienne semble perpétuellement partagée entre la nostalgie du Temple et son dénigrement, l'exaltation du Nom – l'exaltation du nom secret, l'exaltation du secret du Nom – et son oubli. S'il est vrai qu' « il n'est rien de caché qui ne doive être manifesté en plein jour » (Matthieu, 4:22), la guerre contre le secret est ouverte avec le christianisme ou par lui. Elle met en cause et la relation que Jésus et ses disciples entretinrent avec le Temple de Jérusalem, le culte qui s'y déroulait, et l'attitude qu'ils eurent envers ce dont il était le haut lieu, le Nom YHWH, source secrète du sacré. Nom à taire absolument, tout en le vénérant, Nom tu parce que vénéré.
Le témoignage des Évangiles et des Actes des Apôtres est formel. Pour ce qui est du Temple de Jérusalem, Jésus et ses proches s'écartaient considérablement des Esséniens. Et sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, ils étaient d'accord avec les Pharisiens, qu’ils ne se privaient pas de critiquer, sur certains autres points. L'essentiel : Jésus et les siens adhéraient pleinement au culte du Temple. Ce qui les implique massivement, au même titre que nombre d'autres groupes ou mouvances de l'Israël de cette époque dans le problème du Nom divin et du secret/sacré qui l'entoure. Sur cette question, on peut faire confiance à la thèse de Jacques Bernard, prêtre catholique, certes, mais aussi ancien étudiant de David Flusser à l'Université Hébraïque de Jérusalem, Le Blasphème de Jésus, où sont systématiquement comparées les données néotestamentaires et paléochrétiennes et les données talmudiques [8]. De la lecture de cet ouvrage très documenté, il ressort qu'autant que l'on puisse atteindre ce que les exégètes nomment les ipsissima verba Christi à travers les Évangile synoptiques, Jésus de Nazareth n'a jamais violé le secret/sacré du Dieu Tétragramme que seul le Grand Prêtre avait pouvoir d'énoncer dans le Saint des Saints le jour de Kippour. Jamais il n'a commis ce délit majeur pour un Israélite nommé par antiphrase Birkat Hashshem, « bénédiction du Nom ». Mais par la suite, l'Évangile selon saint Jean, généralement considéré comme postérieur aux Évangiles synoptiques, énonce comme une évidence que les adversaires de Jésus l'accusent précisément d'avoir profané le Nom, d'avoir violé son secret, secret du Temple, d'avoir blasphémé (Jean 10:33-36). Il s'agirait d'une réélaboration théologique connexe de la prise de distance d'un groupe important de la mouvance Jésus par rapport au Temple[9], preuve indirecte du caractère tardif de cet Évangile, rédigé vers l'année 130.
Dans ce texte flamboyant, le Tétragramme n'est plus tu mais énoncé : Jésus l'articule et même le crie à tout bout de champ, ce que les traditions hostiles à Jésus transmises en Israël confirment de façon très claire[10]. La supposée transgression verbale de Jésus est censée s’être produite dans son discours araméen (avec citations ou inclusions hébraïques), d'après cet Évangile directement rédigé en langue grecque. Mais la supposée traduction est impuissante à la manifester clairement. On peut indéfiniment le lire en grec, ou dans une autre langue de l'Europe, sans jamais comprendre que Jésus y énonce le Nom à haute voix, violant le secret du Temple, s'arrogeant le droit de faire et de répéter au cœur des foules ce que le Grand Prêtre ne faisait qu'une fois – le jour de Kippour – et qu'en un seul lieu –le Saint des Saints –. Seul un détour par les sources juives du christianisme permet de jeter ce regard neuf sur le Quatrième Évangile. Autrement, on ne perçoit pas qu'en lieu et place du Tétragramme Yod Hé Waw Hé, le texte ne peut fournir que l'équivalent grec Egó Eími, « je suis ». En apparence, c’est une pâle formule déclarative (Jean, 8:12, 10:7, 10:11, 11:25, 14:3, 15:1, 18:5). L’Évangile attribué à saint Jean donne aussi à Jésus la qualité ou l'identité de Verbe divin (Jean 1:1). Plus proche peut-être du milieu hébraïque d'origine que le Quatrième Évangile canonique, l'Évangile de Vérité, retrouvé à Nag Hammadi, confond l'énonciation de la filiation divine de Jésus avec l’affirmation qu'il est lui-même le Nom divin, le Tétragramme Yod Hé Waw Hé, qu'il est lui-même le Nom énoncé[11]. Ce détail de l'Évangile de Vérité, apocryphe c'est-à-dire secret, éclaire le texte canonique, c'est-à-dire à l'usage public de l'Église, attribué à saint Jean. La confrontation du texte produit et diffusé, avec son lieu d'origine –Israël –, montre que le secret a été violé en langue sémitique et restitué en langue grecque, ou, plus exactement restauré in extremis par l'incapacité de cette dernière à exprimer pleinement la première, par la faiblesse de la traduction. Seule une poignée de lecteurs ou d'exégètes peuvent relire ainsi saint Jean. Le secret un moment livré a été repris, en dernière instance. La guerre chrétienne contre le secret a été bien lancée par le texte évangélique. Cependant, dès le départ, il s'y trouve un antidote : le secret persiste dans son invisible dévoilement. Secret de la parole juive à la fois reprise et révélée par la parole chrétienne, tout en la gardant voilée, tout en la tenant secrète, en tant que parole hébraïque. Contradiction ou ambiguïté Et magie de la traduction qui est toujours trahison. Trahison voulue mais jamais consommée, puisqu'une part du secret ne sort pas et ne sortira jamais ni de l'origine ni de l'original. Quoi qu'ils en sachent, quoi qu'ils en disent, pour les disciples de Jésus de Nazareth, c'est Israël et sa parole hébraïque, le lieu du Nom, seul vrai trésor du Temple, trésor sur lequel aucun centurion pillard n'a jamais pu porter la main.
En guise de conclusion, il ne me reste plus qu'à remercier et à féliciter Florence Lévi pour ces dix années de travail au service de Sigila et de l'anthropologie du secret.
Hugues Didier est professeur à l’université de Lyon. Il s’est spécialisé dans l’histoire religieuse de la péninsule Ibérique, notamment celle des Jésuites.
[1] Sigila n°21, p.229-238. [2] Ibid., p.139-148. [3] Ibid., p.139. [4] Ibid., p.140. [5] Ibid., p. 141-142. [6] Ibid.,, p. 145-146. [7] Ibid., p. 147. [8]Jacques Bernard, Le Blasphème de Jésus, Paris, Parole et silence, 2007, p. 400. [9] Jacques Bernard, Le Blasphème de Jésus, p.386. [10] Ainsi le tardif manuscrit de Vienne : Jean-Pierre Osier, L'Évangile du Ghetto, ou comment les juifs racontaient Jésus, Paris, Berg International, 1984, p.43, 53. Mais aussi, avant lui, le Talmud, traité Sanhédrin, 106 b, cité dans le même ouvrage, p.145. [11] Écrits gnostiques, la bibliothèque de Nag Hammadi, édition publiée sous la direction de Jean-Pierre Mahé et de Paul-Hubert Poirier, Paris, NRF-Gallimard, 2007, p.77. |
Béatrice Montamat : Entrelacs -
Au sujet du numéro 21 de la revue Sigila -10eme anniversaire
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Le livre de Kells
ENTRELACS : Forme d’ornement (pictural, bas-relief, gravure, tissage, tatouage) fondé sur la répétition de motifs entrelacés, plus ou moins complexes. Construit selon un système de points, sa forme peut être fermée ou répétée en boucle « infinie ». Élément décoratif de l’enluminure du Moyen Âge dans les initiales, les bandeaux et les bordures, l’entrelacs tire souvent son effet esthétique du simple nœud ou du passage alternatif dessus/dessous. On distingue les entrelacs en forme de bandeau (tresses, cordes, vagues) et les entrelacs couvrant toute une surface (nattes, chaînages, grilles). L’entrelacs symbolise l’alliance et l’osmose entre les différents éléments (minéral, végétal, animal), la métamorphose et la constante évolution du vivant au sein de l’univers. Il a donc une haute valeur symbolique.
L’entrelacs (toujours au pluriel) fait partie du répertoire ornemental de l’Assyrie dès le IIe millénaire av. J.-C., ainsi que des chefs d’œuvre toreutiques (art de graver les métaux, l’ivoire) du début du Ie millénaire av .J.-C. conservés au musée de Téhéran. La Grèce, à partir du viiie av. J.-C, empruntera largement ce motif à l’Orient : l’art grec, au viie siècle av. J.-C. sera dit « orientalisant ». Ainsi le musée d’archéologie méditerranéenne de Marseille possède une pyxis (sorte de vase en forme de boîte à onguents) en céramique corinthienne datée d’environ 600-575 av. J.-C., décorée d’entrelacs peints en bordure du col et au pied. L’Arménie ancienne (royaume d’Urartu, vie av J.-C.) utilisait ce motif et il apparaît dès le ve av. J.-C. dans l’art Laténien (art de la Tène, 2 ème âge du fer celtique). Il se complexifie et devient omniprésent dans l’art celtique du haut Moyen Âge (orfèvrerie, ivoire, enluminures). Il peut être zoomorphe (oiseaux, quadrupèdes, etc., souvent peu identifiables) ou à éléments végétaux. L’Italie de la Renaissance l’a utilisé dans la décoration des manuscrits sous forme essentiellement de bandeaux et bordures appelés bianchi girari car le corps de l’entrelacs laissait apparaître la couleur naturelle du parchemin ou était coloré en blanc, l’effet étant dû au rehaut de couleur le délimitant. Ce motif de l’entrelacs a aussi été utilisé en décoration des reliures médiévales, notamment arméniennes, les artisans arméniens s’étant très tôt spécialisés dans les arts du livre, et on peut voir à la bibliothèque de San Lazzaro degli Armeni à Venise le manuscrit n° 1007 dont le plat supérieur de reliure est décoré d’une croix formée de torsades entrelacées, ou le manuscrit n° 744 qui possède des tranches antiquées décorées elles aussi de croix formées de lignes entrelacées. D’ailleurs, la recherche s’accorde à penser que l’enlumineur du fameux folio 34r du livre de Kells, dit « chi rhô », serait d’origine orientale, vraisemblablement arménienne. Le livre de Kells est un évangéliaire qui tire son nom de l’abbaye de Kells, dans le nord de l’Irlande, mais pourrait être originaire de l’île d’Iona, dans les îles Hébrides. Daté des environs de l’an 800, et conservé à la bibliothèque du Trinity College de Dublin (Irlande), il est considéré comme le chef-d’œuvre le plus accompli de l’art de l’entrelacs dans l’enluminure médiévale. Il compte 340 folios dont 678 pages sont décorées (soit seulement deux pages sans décoration). Aucun des motifs n’est identique à un autre. Les modèles utilisés par les enlumineurs pour les représentations humaines ont des origines diverses. On s’accorde cependant à leur attribuer des sources byzantines (via les supports italiques, grecs ou coptes) assimilées par la tradition des formes celtes. De même les pigments utilisés, dans leur grande majorité, sont d’origine orientale, avec une mention particulière pour le bleu, dont la splendeur est issue du lapis lazuli provenant des mines d’Afghanistan. Bien que certains éléments ne soient discernables qu’à l’aide de verres grossissants dont la technique de fabrication était inconnue à l’époque, il n’a été relevé aucune erreur ou manquement à la règle du dessus/dessous constitutive des entrelacs, et ce malgré un examen attentif de la totalité du manuscrit. Par exemple, l’examen d’une des décorations, qui n’occupe qu’environ 2,5 cm2 a permis de dénombrer 158 entrelacs de rubans blancs bordés de noir de chaque côté. La décoration de la page dite du « chi rhô », folio 34r, monogramme grec du Christ et qui présente les lettres C (chi), R (rhô) plus I(iota) entrelacées, plus communément appelé « monogramme de l’Incarnation », a vraisemblablement pris plus de temps qu’aucune autre jamais réalisée et est considérée comme le sommet incontestable de tout le style celtique tardif. Ainsi le livre de Kells, conservant par delà le temps les mystères de sa fabrication, illustre dans une splendeur incomparable tous les secrets du lien. Béatrice Montamat est consultante en histoire et conservation du livre Livres consultés :
Histoire générale des civilisations,
tome 1, « L'Orient et la Grèce antique »,
PUF, 1955. |
Anne-Marie
Quint
: Dix ans, déjà…
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Oui, dix ans déjà que la revue Sigila poursuit obstinément son bonhomme de chemin et que chaque numéro surprend les lecteurs par la pertinence des articles publiés, leur adéquation au thème choisi, la variété des approches. Je l’avoue, lorsque Florence Lévi m’a exposé son projet il y a dix ans, je ne l’ai guère encouragée : une revue sur le secret ? Passe pour un numéro, mais toute une revue consacrée à cela ? Combien de temps pourrait-elle durer ? Eh bien, c’est la fondatrice et ses complices qui avaient raison. Et qui ne manquaient pas d’idées. Puisque, apparemment, la revue a de la matière pour encore dix et vingt années. Longue vie, donc, et heureux succès à Sigila. Venons-en à ma participation au numéro 21, Entrelacs. Florence Lévi souhaitait que je réfléchisse aux entrelacs que suscite la traduction d’une langue à l’autre. En analysant la sextine de Bernardim Ribeiro, il me semble que je suis allée au delà de cet aspect purement linguistique, puisque cette étrange forme poétique inventée au cœur du Moyen Âge est elle-même un entrelacs de mots et d’idées savamment tissé. Celle de Bernardim Ribeiro est originale à plus d’un titre. Comme celle de son ami et contemporain Francisco Sá de Miranda, elle est faite de vers courts, d’heptasyllabes, ce qui en accroît la difficulté (les deux poètes se sont-ils lancés un défi à eux-mêmes ?). Elle ne comporte pas d’envoi, à la différence de toutes celles que l’on connaît. D’autre part, et bien que la construction syntaxique des six strophes soit sans défaut, un mystère insondable intrigue le lecteur du début à la fin de ce poème « nocturne ». Quel est le mal dont se plaint le poète ? Quelle est la signification exacte de cette « vontade » qui occupe une position centrale parmi les mots rimes et qu’on ne peut traduire qu’en l’amputant de sa polysémie ? La clef de l’énigme réside-t-elle justement dans ces mots lourds de sens dont l’ordre de succession en fin de vers semble capricieux au premier abord, avant que l’on comprenne qu’il correspond en fait à un rigoureux entrelacs ? Ce sont des mots qui semblent former des couples antithétiques, antithèses rendues sensibles par leur position dans la dernière strophe, mais antithèses peu banales, sauf celle qui oppose « dia » et « noute » (jour et nuit). Toutefois, convient-il d’éclaircir en traduisant dans une autre langue ce mystère qui pour une grande part fait le charme du poème et inspire des interprétations sans fin ? La difficulté pour le traducteur d’un tel poème est bien plutôt de fuir une clarté qui à coup sûr détruirait la délicatesse de ce merveilleux tissage. Anne-Marie Quint est professeur émérite de langue et littérature du Portugal et du Brésil à l’université Paris III-Sorbonne Nouvelle et traductrice. |
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