La honte - A vergonha
automne-hiver
2004
Préface de
Pierre Pachet : La honte,
la rougeur
Adam et Ève, catacombes de Rome
(photo)
José Augusto Seabra : O
sol de Heráclito (poème)
Charles Baladier : La
honte et l’honneur dans les langues de l’Europe occidentale
Saint Augustin : Extrait
du livre XIV de La Cité de Dieu
Patrick Avrane : Une
Histoire sans nom, le secret d’une honte
Jean-François Solal : Transfert
de honte à l’adolescence. La Métamorphose de Kafka
Lya Tourn : “ ¡Tierra, trágame! ”
Bernard Sesé :
Le jardin de la honte (poème)
François-Michel
Durazzo : Octave, figure de la honte
Stéphane Jougla :
L’esthétique de la honte
Maria
Alzira Seixo : La Part du
Feu : la honte, le sexe et l'écriture chez António Lobo Antunes
(Que Farei
Quando Tudo Arde?)
Jean-Jacques Rousseau :
Extrait des Confessions
Ilda
Mendes Dos Santos : De la rougeur du voyageur, sous l’œil perçant
du monde...
Hania Yanat : La
honte de n’être plus kabyle
Dorothée Dussy : La
honte qui cache la honte qui cache...
Suzanne Lallemand : Secret
amoureux, honte et rang familial chez les Mossi ruraux du Yatenga (Burkina Faso)
- Louis Flach : La
honte et l’ombre
Guy Samama : La honte
entre corps et âme
Anthologie
du secret
Luís de Camões :
Oh ! Quão caro me custa o entender-te /
Oh ! Comme je paie cher
pour te comprendre, trad. par Anne-Marie Quint
Robert
Garnier : Hippolyte (extrait)
Jean de La Fontaine : Le
Corbeau et le renard
Alfred Musset : La
Nuit d’octobre
Alfred de Vigny : La
Mort du loup
Charles
Baudelaire : Châtiment de l’Orgueil
Lectures
Fray Luis
de León, Écrits sur Thérèse d’Avila. Traduction et présentation
par Bernard Sesé, Arfuyen, 2004 (Mercedes Allendesalazar)
A. Muñoz Molina, Sefarad,
Seuil, 2003 (Bernard Sesé)
Berdjouhi, Jours de
cendres à Istanbul, Marseille, éd. Parenthèses, 2004 (Laurence Motoret)
Sebastian Haffner, Histoire
d’un Allemand. Souvenirs de 1914 à 1933, Actes Sud, 2002 (Isabelle
Baladier-Bloch)
Dalila Kerchouche, Mon père,
ce harki, Seuil, 2003 (Monique Le Moing)
Lya Tourn, Chemin
de l’exil. Vers une identité ouverte, Éditions
Campagne Première, 2003 (Sylvie Sesé-Léger)
Patrick Avrane, L’enfant
chez le psychanalyste, éd. Louis Audibert, 2003 (Sylvie Sesé-Léger)
Philippe Grimbert, Un Secret,
Grasset, 2004 (Monique Le Moing)
Bernard Sesé, Discipline de
l’arcane, Orbey, Arfyeb, Les cahiers d’Arfuyen, 2004 (Dominique Samson
Normand de Chanbourg)
* * *
Résumés - Resumos – Abstracts
Charles Baladier
La honte et l’honneur dans les langues de l’Europe occidentale
| Le mot « honte
» nous vient du parler germanique qu’est le francique et se rattache à
l’ancien haut allemand hônida, qui signifie « déshonneur ».
Par là se trouve souligné le lien constant entre la notion de honte et
celle d’honneur. Mais une autre famille sémantique apparaît au Moyen
Âge avec « vergogne », terme qui vient du substantif latin verecundia
(retenue, pudeur) et qui ne subsistera en français que dans la locution négative
« sans vergogne » et dans des dérivés tels que « dévergondage ». C’est elle qui, pour dire la honte, s’imposera en italien avec vergogna, en espagnol avec vergüenza et en portugais avec vergonha, tandis que, de leur côté, l’allemand Scham et l’anglais shame dérivent d’une voie dépendant d’une autre racine germanique que la « honte » française. |
O vocábulo francês «honte» deriva do franco (o falar germânico), ligando-se à antiga forma alemã hônida que significa «desonra». Com a Idade Média surge, no entanto, uma nova família semântica através da palavra «vergogne», que deriva do substantivo latim verecundia (contenção, pudor), e que apenas subsiste, na língua actual, através da locução negativa «sans vergogne» (sem vergonha) e dos seus derivados tais como «dévergondage» (despudor). Este termo – com o sentido de vergonha – acabará por se impor em italiano (vergogna), em espanhol (vergüenza) e em português, enquanto que as formas Scham e shame, em alemão e em inglês respectivamente, derivam de uma raiz germânica diferente da «honte» francesa. | The word « shame » comes from a German dialect which is « francique » and is linked to old high German hônida, which means « dishonour ». Here the constant link between the notion of shame and that of honour is stressed. However another semantic family appears in the Middle Ages with the word vergogne, a word which comes from the Latin noun verecundia (being reserved, prudish) and which is only equivalent to French in the expression sans vergogne et in such derivatives as dévergondage. This is what, to express shame, will impose itself in Italian (vergogna), in Spanish (vergüenza) and in Portugese (vergonha) while in Gereman Scham and in English shame do not come from the same Germanic root as honte in French. |
Patrick Avrane
Une Histoire sans nom, le secret d’une honte
| Lasthénie de Ferjol, l’héroïne d’Une Histoire sans nom, roman de Jules Barbey d’Aurevilly, a donné son nom à un syndrome, celui des personnes qui, dans le secret, se ponctionnent du sang, parfois jusqu’à la mort. Ainsi le romancier Barbey d’Aurevilly rencontre les secrets de l’âme, ici celui de la honte d’une jeune fille enceinte sans le savoir et de la honte d’une mère retrouvant en son enfant sa propre culpabilité. Bravant le silence et l’interdit, Barbey d’Aurevilly, écrivant son roman en miroir à la nouvelle de Kleist, Histoire d’O…, rend compte de la source d’une certaine folie. | Lasthénie de Ferjol, a heroína de Uma história sem nome, um romance de Jules Barbey d’Aurevilly, deu o seu nome ao síndroma das pessoas que fazem punções sangrando, por vezes, até à morte. O romancista Barbey d’Aurevilly depara-se assim com os segredos da alma, o segredo que se inscreve, neste caso, na vergonha de uma jovem rapariga grávida sem o saber e na de sua mãe que descobre através da sua filha a sua própria culpabilidade. Transgredindo o silêncio e o interdito e escrevendo o seu romance ao espelho da novela de Kleist, Histoires d’O…, Barbey d’Aurevilly revela, em suma, a fonte de uma certa loucura. | Lasthénie de Ferjol, heroine of Jules Barbey d’Aurevilly’s novel, Une Histoire sans nom, gave her name to the syndrome of those who secretly bleed themselves, sometimes to death. Thus the novelist Barbey d’Aurevilly encounters the secrets of a soul, here the secret of a young girl’s shame at being pregnant without knowing it and the shame of a mother finding her own guilt in her child. Defying silence and interdiction, Barbey d’Aurevilley, writing his novel as an echo to Kleist’s short story, Histoire d’O…, depicts the source of a certain type of madness. |
Jean-François Solal
Transfert de honte à l’adolescence. La Métamorphose de Kafka
| Déchoir de son humanité n’est pas une métaphore chez Kafka. Son écriture rend compte de l’inscription de la honte dans le réel, sur le corps. La lecture conjointe de La Métamorphose et de la Lettre à son père permet d’avancer que la déchéance d’un père induit chez le fils adolescent la honte d’exprimer une pulsionnalité nouvelle et plus généralement de paraître au monde. Ni le renoncement aux besoins, ni même la mort ne viennent à bout de cette honte-là. | Perder a humanidade não é uma metáfora em Kafka. A sua escrita dá conta da inscrição da vergonha no real, no corpo. A leitura conjunta da Metamorfose e da Carta a seu pai permite supor que a decadência de um pai induz, no filho adolescente, a vergonha de exprimir uma pulsionalidade nova ou de se manifestar ao mundo. Nem a renúncia às necessidades, nem mesmo a própria morte conseguem vencer esta vergonha. | To lose one’s humanity is not a metaphor for Kafka. His writing depicts the inscription of shame in reality, in its effects on the body. A simultaneous reading of La Métamorphose and the Lettre à son père makes it possible to argue that the disgrace of a father leads in the adolescent son the shame of expressing a new propensity to urges and more generally to an appearance in the world. Neither the renunciation of one’s needs, nor even death, can put a stop to that shame. |
Lya Tourn
« ¡ Tierra, trágame ! »
| Ce qui est le
plus souvent retenu à propos de la honte en psychanalyse, c’est son
lien avec le refoulement de la sexualité infantile : comme la pudeur, le
dégoût et la morale, elle serait une « digue » mise en place pendant
la latence pour limiter les excès de la «prédispo- sition perverse polymorphe ». Pourtant, entre les lignes des écrits freudiens, il est possible de trouver une deuxième lecture de la honte qui, la faisant apparaître comme le résultat d’une blessure narcissique, la rattache davantage aux avatars du processus d’identification. |
O que geralmente retemos da vergonha no âmbito da psicanálise é a sua ligação com o recalcamento da sexualidade infantil: um pouco à semelhança do que acontece com o pudor, o desgosto ou a moral, funciona como uma barreira erguida durante o período de latência de modo a limitar os excessos da « predisposição perversa polimorfa ». Nas entrelinhas dos escritos freudianos, é todavia possível descobrir uma segunda leitura da vergonha que, ao aparecer como o resultado de uma ferida narcísica, surge essencialmente relacionada com as peripécias do processo de identificação. | Psychoanalytical studies of shame most often underline its link to the repression of infantile sexuality. Like modesty, disgust and moral judgement, it would be like a dam set up during a period of concealment to limit the excesses of a « perverse polymorphous predisposition ». However, a closer reading of Freudian literature makes it possible to find a second interpretation of shame, considering it the result of a narcissistic wound and connecting it rather to the avatars of an identification process. |
François-Michel Durazzo
Octave, figure de la honte
| La critique, s’emparant d’une lettre de Stendhal à Mérimée, s’est focalisée sur le secret de l’impuissance du héros, que le narrateur ne dévoile pas, et sur les indices qui mettent le lecteur sur la voie. Elle a négligé le corollaire du secret qui sans cesse affleure : un écrasant sentiment de honte, que la psychocritique peut explorer. | Apoderando-se da carta que Stendhal dirigira a Mérimée, a crítica centrou-se no segredo da impotência do herói – que o narrador nunca revela – e sobre os indícios que conduzem o leitor nessa via. Esqueceu assim esse corolário do segredo que emerge constantemente à superfície do texto: um esmagador sentimento de vergonha que a psicocrítica pode explorar. | The discovery of a letter Stendhal wrote to Merimée, has allowed critical theorists to focus on the secret of the hero’s impotence. The narrator does not reveal this secret but gives clues to put the reader on the right track. The theorists however have neglected the corollary to the secret which constantly hints at a crushing sensation of shame, opening an area of exploration for psychocriticism. |
Stéphane Jougla
L’esthétique de la honte
| La honte, qui fait si souvent obstacle à l’expression de la vérité, est au contraire revendiquée par certains écrivains comme un critère d’authenticité de leurs textes. En les mettant en danger, la honte les oblige à trouver de nouvelles formes d’écriture et les éloigne de toute gratuité littéraire. L’autobiographie est particulièrement propice à l’exercice de cette esthétique. | Apesar de surgir como um obstáculo à manifestação da verdade, alguns autores reivindincam a vergonha como um critério de autenticidade textual. Ao colocá-los em perigo, a vergonha obriga-os a encontrarem novas formas de escrita e a afastá-los de uma literatura gratuita. A autobiografia é particularmente propícia ao exercício desta singular estética. | Certain writers argue that shame, so often seen as an obstacle to the expression of truth, is on the contrary a criterion of authenticity in their texts. Threatening these authors, shame forces them to find new forms of written expression and removes them from literary gratuity. The autobiography is particularly propitious to this aesthetic practice. |
Maria
Alzira Seixo
La Part du Feu : la honte, le sexe et l’écriture
chez António Lobo Antunes (Que Farei Quando Tudo Arde ?)
| L’activité de l’écriture constituant le nœud des compositions littéraires de Lobo Antunes, il est important de déterminer les figurations thématiques qui, dans tel ou tel de ses romans, lui donnent un sens et constituent l’univers fictionnel respectif. Dans Que Ferai-je Quand Tout Brûle ?, le sentiment de honte est au centre de cette activité, découlant de perplexités sociales et morales organisées autour du sexe (la question du « travesti » et de l’homosexualité) et de la notion de famille. Le texte investit une idée de secret que la honte aide à préserver, mais que l’écriture dévoile, avec des « explosions » de sens, d’interprétation, de conduites morales inattendues, et de certains événements déclenchés par ce rapport complexe entre la pudeur et son écriture. | Maris Alzira Seixo, professora na Universidade de Lisboa, analisa um romance de António Lobo Antunes – Que Farei Quando Tudo Arde ? – no qual o sentimento de vergonha ocupa o centro da escrita decorrendo de perplexidades sociais e morais à volta do sexo (a questão do « travesti » e da homossexualidade) e da noção de família. O texto implica uma noção de segredo que a vergonha ajuda a preservar, mas que a escrita teima em desvendar, através da explosão do sentido e da interpretação motivada pelo surgimento de certos factos desencadeados pela complexa relação entre o pudor e a sua escrita. | Writing ties together the literary compositions of Lobo Antunes, and it is thus important to determine the thematic figurations which, in any of his novels, gives it a meaning and constitutes its particular fictional universe. In Que Ferai-je Quand Tout Brûle ? the feeling of shame is at the centre of this activity, coming from the social and moral perplexities surrounding sex (the question of « travesty » and of homosexuality) and from the notion of family. The text develops an idea of a secret protected by shame but unveiled by the writing process, with its « explosions » of meaning, of interpretation, of unexpected moral behaviours, and of certain events unleashed by this complex relation between modesty and his writing. |
Ilda Mendes dos Santos
De la rougeur du voyageur, sous l’œil perçant du monde…
| Quelques exemples tirés de l’expérience de voyageurs portugais de la Renaissance permettent de saisir à quel point la honte est une passion soumise au jeu de regards. Elle exprime un phénomène d’abandon ; elle révèle la hiérarchie « souffletante » qui tisse les relations entre les hommes, elle plonge dans une nuit profonde, parfois irrémédiable. Cet affect parle d’un idéal de soi malmené ou projeté dans son avers. Il s’agit bien souvent de filiations, de liens qui brutalement vacillent ou sont tranchés d’avec l’image rassurante ou toute-puissante que l’on se fait de son être, de sa communauté et de sa culture d’origine. | Uns exemplos tirados de narrativas de viagens da época renascentista mostram que a vergonha é uma paixão que tem por palco o olhar. Expressa uma sensação de desamparo, revela a hierarquia violenta que sustenta as relações humanas, esclarece uma forma idealizada do ser projectada no seu avesso. Esta paixão tem muito a ver com a filiação ou com laços de família que acabam por abalar a imagem omnipotente e confiante que um indivíduo se constrói do próprio ser, da sua comunidade, língua e cultura ; um abalo que é ruptura, solidão e, muitas vezes, noite, uma noite irremediável. | Several examples taken from the experience of Renaissance Portuguese travellers make it possible to grasp the extent to which shame is a passion subjected to the exchange of looks. It expresses a phenomenon of abandon and reveals the humiliating hierarchy interweaving relations between men. It delves into the deep, at times irremediable, night. This attitude speaks of an ideal of the self, mistreated or projected in its own face. It is often a question of dependance, of links which shift brutally or are cut off from the reassuring or all-powerful image one has of one’s being, of one’s community and one’s culture. |
Hania Yanat
La honte de n’être plus kabyle
| Dans la société kabyle, le sentiment de honte naît de l’atteinte au conformisme social. Être née femme dans ce monde traditionnel et misogyne, c’est s’exposer à être couverte de honte pour peu que l’on secoue la tutelle des hommes. La grande majorité des femmes a sacrifié sa carrière et même son existence pour ne pas subir la honte de se rebeller contre le code de conduite imposé par les hommes. | Na sociedade cabila, o sentimento de vergonha resulta de uma ferida que se incute no conformismo social. Ter nascido mulher nesse mundo tradicional e misógino equivale a expor-se à vergonha mal se ponha em causa a tutela dos homens. A grande maioria das mulheres sacrificou a sua carreira e mesmo a sua existência própria para não ter de se sujeitar à vergonha resultante de uma rebelião contra o código de conduta imposto pelos homens. | In Kabylic society, the feeling of shame originates in the act of going against social conformity. Being born a woman in this traditional and mysogenous world is to expose oneself to being covered with shame if one happens to challenge the authority of men. The great majority of women have sacrificed their carreers and even their existences in order to avoid being subjected to the shame of rebelling against the behavioural code imposed on them by men. |
Dorothée Dussy
La honte qui cache la honte qui cache…
| Ce texte explore les mécanismes par lesquels Louise, ancienne religieuse et secrétaire médicale à la retraite, a tout au long de sa vie enchaîné les raisons d’avoir honte se rapportant invariablement à une infraction à son intimité. Louise amnésique a caché une honte par une autre honte, sans souvenir de son secret originel. Jusqu’à ce que la mémoire lui revienne un matin, sur le trajet la menant à son travail, grâce à l’hallucination visuelle d’un sexe d’homme se balançant devant ses yeux. | Este texto explora os mecanismos através dos quais Luisa, secretária médica aposentada e antiga religiosa, acumulou durante a sua vida os motivos de vergonha invariavelmente relacionados com uma infracção da sua intimidade. Amnésica, Luisa escondeu uma vergonha sob outra vergonha, sem nenhuma lembrança do seu segredo original. Até que a memória volte uma manhã, quando está a caminho do seu emprego, graças à alucinação visual de um sexo balanceando-se em frente de seus olhos. | This
text explores the mechanisms by which Louise, former nun and retired
medical secretary, found reasons her whole life for shame invariably
related to a violation of her intimacy. Louise was amnesic and covered her
shame by another, without remembering her original secret. This until one
morning, on route to work, her memory came back thanks to a visual
hallucination of a man’s penis swinging before her eyes.
|
Suzanne Lallemand
Secrets amoureux, honte et rang familial chez les Mossi ruraux du Yatenga
(Burkina Faso)
| Le processus caché des amours adolescentes se constitue de manière codifiée dans la famille étendue. Cause de hontes distinctes chez les garçons et les filles, il induit des cloisonnements dans sa communication qui rend compte des hiérarchies internes dans la parenté, mais aussi de sa diffusion dans le voisinage ; il apparaît aussi que la honte constitue un processus confortant les aspects les plus traditionnels des pouvoirs matrimoniaux de la génération la plus âgée. | O processo oculto dos amores adolescentes constitui-se de maneira codificada na família estendida. Na origem de vergonhas diferentes nos rapazes e nas meninas, induz separações na sua comunicação que traduz hierarquias internas dentro do parentesco, assim como na sua difusão na vizinhança ; a vergonha constitui também um processo que consolida os aspectos mais tradicionais dos poderes matrimoniais da geração mais idosa. | The hidden process of adolescent loves develops in a codified manner in the extended family. As the source of different types of shame in boys and girls, it creates barriers in communication which accounts for internal kinship hierarchies, but also its diffusion in the community. It occurs as well that shame is a process which reinforces the most traditional aspects of matrimonial powers of the elders. |
Louis Flach
La honte et l’ombre
| Il y eut la chute dans – ou la prise de conscience de – l’animalité. Ce fut le commencement de la honte et de la longue histoire des dissimulations. Cette honte primordiale est consubstantielle de notre humanité. Toutes les autres hontes en dérivent. Les ombres dont nous les couvrons, pour nous protéger du jugement de nos semblables, n’éteignent pas le feu dont elles nous brûlent de l’intérieur. On ne meurt pas de la honte, mais on peut, on doit même parfois, mourir pour s’y soustraire. Quand l’honneur l’exige. Ce sentiment de l’honneur s’affaiblit lorsque la part animale de l’homme est valorisée comme elle l’est aujourd’hui. | Houve a queda na – ou a tomada de consciência da – animalidade. Foi o princípio da vergonha e da longa história das dissimulações. Esta vergonha primordial é consubstancial à nossa humanidade. Dela derivam todas as outras vergonhas. As sombras com que as cobrimos para nos protegermos do juízo do nosso semelhante não apagam o fogo com que nos queimam por dentro. Não se morre de vergonha, mas podemos, devemos até, morrer para a ela nos subtrairmos. Sempre que a honra o exigir. Este sentimento de honra enfraquece a partir do momento em que, como acontece hoje, a parte animal do homem é valorizada. | The was the fall of – or rather the awareness of – animality. This was the beginning of shame and the long history of dissimulations. This primeval shame is consubstantial with our humanity. All the other forms of shame come from this. The shadows we use to cover them, to protect ourselves from the judgement of our peers, do not extinguish the fire which burns them from inside. No one dies of shame, but one can, one must even sometimes, die to avoid shame. When honour demands it. This feeling of honour weakens when the animal part of man is valorised as it is today. |
Guy Samama
La honte entre corps et âme
| Contrairement à ce qu’on croit spontanément, la honte n’est pas toujours liée au sentiment d’une faute, non plus qu’à une condition de publicité. Il existe au moins deux formes de la honte : l’une est d’après l’acte, consécutive à une action, ou bien à un comportement, jugés, à tort ou à raison, mauvais et répréhensibles ; l’autre est d’avant l’acte, une honte d’avant la honte ; elle s’apparente à une disposition plutôt qu’à une activité, et traduit un désaccord, une dissonance entre l’âme et le corps. C’est cette honte synthétique et a priori que nous avons cherché à comprendre, en nous adossant d’un côté sur le fonds grec, de l’autre sur deux drames : Pelléas et Mélisande de Maeterlinck et Ivanov de Tchekhov. | Contrariamente ao que se julga, nem sempre a vergonha está relacionada com o sentimento de culpa ou com um contexto de revelação. Existem, pelo menos, duas formas de vergonha: a primeira é posterior ao acto, consecutiva a uma acção ou a um comportamento julgados, bem ou mal, com sendo negativos e condenáveis ; a segunda é anterior ao acto. Trata-se de uma vergonha que surge antes da vergonha, que se aparenta mais a uma disposição do que a uma actividade, traduzindo um desacordo, uma dissonância, entre a alma e o corpo. É esta vergonha sintética e a priori que procurámos compreender, apoiando-nos, por um lado, na cultura grega e, por outro, em dois poemas dramáticos: Pelléas et Mélisande de Maeterlinck e Ivanov de Tchekhov. | Contrary to the general conception, shame is not always linked to a bad act, nor to the act being discovered. There are at least two forms of shame : one, after the act, consecutive to an action or a behaviour, rightly or wrongly judged, as bad or reprehensible : and the other, before the act, a form of shame preceding shame for the act. The latter comes closer to a disposition rather than an activity and translates a disagreement, a dissonance between the body and the soul. It is this synthetic, a priori form of shame that we have tried to understand, basing our study first on Greek resources and then on two dramatic works : Pelléas et Mélisande by Maeterlinck and Ivanov by Tchekhov. |
* Les résumés ont été traduits en anglais par Barbara Villez et en portugais par Carlos F. C. Carreto.
http://www.sigila.msh-paris.fr