Noms cachés - Nomes ocultos
Bernard Sesé : Préface
Christine Jacquet-Pfau et Jean-Marie Zemb : La clef est à l’intérieur.
Trop de tropes ?
Manuel da Costa Fontes
: La Lozana andaluza and her Trinitarian Name
Haïm-Vidal Sephiha : Aventures et mésaventures de mes prénoms Haïm, un prénom
hébreu ou comment s’en débarrasser
Christian Amphoux : Noms cachés et noms codés : quelques exemples des Évangiles
Philippe Canguilhem : Les noms cachés dans la musique de la Renaissance :
Josquin Desprez et ses émules
Paul Teyssier : Le sens caché des noms propres
Agnès Levécot : Poema à Pessoa
José Augusto Seabra : Des autres vies aux outre-vies (Apories
biographiques chez Pessoa)
Monique Le Moing : Des noms
occultés en littérature (Alain Robbe-Grillet – Lima Barreto – Pedro Nava)
Lisa Block de Behar : Borges et la question du nom
Hilda Gomes Dutra Magalhães : Le pouvoir de la fille sans nom dans le roman
Madona dos páramos de Ricardo Guilherme Dicke
Walter Benjamin : Agesilaus Santander (extrait de Gershom Scholem : Benjamin
et son ange)
Yaniv Hagbi : In the Name of the Name of the Forsaken Pretzel. A comparative
study between Agnon and Perec
Vincent Belloc : L’Armoire à secrets (objet-sculpture)
Anthologie du secret
Blaise Pascal : Le secret de
se réjouir du bien
Victor Hugo : Ave, Dea ; Moriturus te Salutat
Juan Ramón Jiménez : ¡ Oh tiempo, dame tu secreto, traduit par Bernard
Sesé
Lioubov’ Neniang : Le renne de fer (chanson nénètse), traduit par
Dominique Samson
Lectures
Nicole Lapierre : Changer de
nom (Charles Baladier)
Anne Raulin : Manhattan ou la mémoire insulaire (Marie-Odile Martin)
João Mário Grilo : Longe da vista (Laurence Motoret)
* * *
Résumés-Resumos-Abstracts
Jean-Marie Zemb et Christine
Jacquet-Pfau
La clef est à l’intérieur. Trop de tropes ?
| Quelques décennies après Bernard Pottier, les auteurs ont été intrigués par la nomenclature des enseignes commerciales, et ont considéré comme dignes de l’analyse grammaticale et rhétorique les divers tropes exploités par cette forme de publicité. L’éventail des types de rapport entre onomasiologie et sémasiologie, parfois inédits, sera examiné dans un prochain article. En attendant, les auteurs ont préféré livrer au lecteur la matière brute en espérant qu’il procédera lui-même à des tentatives de classification. | Algumas décadas depois de Bernard Pottier, os autores, intrigados pela nomenclatura das tabuletas comerciais, consideraram como sendo dignos de análise gramatical e retórica os diversos tropos que esta forma de publicidade explora. O leque dos tipos de relações entre onomasiólogicas e semasiológicas, por vezes inéditos, será objecto de análise num futuro artigo. Entretanto, os autores preferiram oferecer ao leitor a matéria prima, esperando que ele próprio proceda a algumas tentativas de classificação. | A few decades after Bernard Pottier, the authors were intrigued by the nomenclature of commercial signs and they considered worthy of grammatical and rhetorical analysis the various tropes used by this kind of advertisement. The scope of the types of relations between onomasiology and semasiology, sometimes innovative, will be surveyed in a following paper. In the meantime, the authors chose to offer to the reader the raw material, hoping that he would attempt by himself to classify it. |
Manuel da Costa Fontes
La Lozana andaluza and her
Trinitarian Name
| La protagoniste de La Lozana andaluza (Venise, 1528) de Francisco Delicado est une prostituée, nouvelle chrétienne, syphilitique, de Cordoue, qui s’installe parmi les réfugiés de l’Inquisition à Rome. Sa syphilis se manifeste d’abord par le biais d’une « étoile » qui rappelle l’étoile de David, et lui mange le nez. La voici camarde (roma), personnifiant ainsi la « Rome putain » où elle gagne sa vie. Connue sous le nom d’Aldonza en Espagne, l’héroïne est appelée Lozana à Rome et elle change son nom en La Vellida peu de temps avant de se retirer à Lipari. Le narrateur explique dans un appendice que Lozana est un anagramme de Aldonza et signifie la même chose que Vellida (belle). Comme il suffisait de mentionner l’idée de trois en un et de un en trois pour faire allusion au concept de la Sainte Trinité, en fait, Delicado attaque ce dogme au moyen d’une prostituée nouvelle chrétienne. | A protagonista de La Lozana andaluza (Veneza, 1528) de Francisco Delicado é uma prostituta Cristã-Nova e sifilítica de Córdova que se estabelece entre os refugiados da Inquisição em Roma. A sífilis de que é vítima manifesta-se primeiro através de uma «estrela» que recorda a estrela de David, e que lhe devora o nariz e fá-la roma (chata), passando então a protagonista a personificar a « Roma putana » onde ganha a vida. Chamada Aldonza em Espanha, a heroína é conhecida como Lozana em Roma, mudando de nome para La Vellida pouco antes de se retirar em Lípari. O narrador explica em apêndice que Lozana é um anagrama de Aldonza e significa o mesmo que Vellida (bela). Como bastava mencionar a ideia de três em um e de um em três para aludir ao conceito da Santíssima Trindade, Delicado está realmente a atacar este dogma por meio do(s) nome(s) duma prostituta Cristã-Nova. | The protagonist of Francisco Delicado’s La Lozana andaluza (Venice 1528) is a syphilitic New Christian prostitute from Cordoba who settles among the converso refugees from the Inquisition in Rome. Her syphilis first manifests itself as a “ star ” which brings to mind the star of David, eats away her nose and makes her roma (flat-nosed), thus causing her to personify the “ Roma putana ” where she earns her living. Known as Aldonza in Spain, the heroine becomes Lozana in Rome and changes her name to La Vellida shortly before retiring in Lipari. The narrator explains in an appendix that Lozana is an anagram for Aldonza and means the same as Vellida (beautiful). Since it sufficed to mention the idea of three in one and one in three in order to allude to the concept of the Holy Trinity, Delicado is in fact mocking that dogma through the name(s) of a New Christian prostitute. |
Haïm-Vidal Sephiha
Aventures et mésaventures
de mes prénoms.
Haïm, un prénom hébreu ou comment s’en débarrasser
| Pourquoi et comment la bêtise, xénophobe et lepéniste avant la lettre, de mon premier instituteur m’a fait perdre mon prénom hébreu et adopter son doublet moins « métèque ». Comment j’ai vécu dédoublé entre ces deux prénoms. Comment, beaucoup plus tard, j’ai reconquis définitivement les deux en les rattachant par un trait d’union afin de ne pas perdre mon nom de famille, également par trop « métèque ». Bref, ma vie onomastique, tous les problèmes qui s’y rattachent et toutes les considérations théoriques qui en découlent, sans oublier les stratégies onomastiques et nécessaires des Juifs clandestins ou cachés qu’étaient les Marranes. Passant du manifeste au caché, j’aboutis à une théorie de l’euphémisme, qui en fin de compte, est un cache universel ou un cryptonyme. |
Por que razão e como é que a estupidez xenófoba e « lepenista » avant la lettre do meu primeiro mestre de escola fez com que eu perdesse o meu nome de baptismo hebraíco e adoptasse a sua forma menos « meteca ». Como vivi desdobrado entre estes dois nomes. Como é que, muito mais tarde, reconquistei definitivamente ambos ligando-os com um hífen para não perder o meu apelido, também ele demasiado « meteco ». Trata-se, portanto, da minha vida onomástica, de todos os problemas que se ligam a ela e de todas as implicações teóricas que daí resultam, sem esquecer as estratégias onomásticas e necessárias dos Judeus clandestinos ou escondidos, os Marranos. Passando do visível ao oculto, chego a uma teoria do eufemismo, que, no final de contas, se traduz numa ocultação universal, num criptónimo. |
How and why xenophobic and extreme-right wing stupidity displayed by my first schoolteacher resulted in loosing my hebrew first name and adopting my “ second first name ” which sounds less alien. How I lived in between those two first names. How, much later, I acquired them both definitly by hyphenating them in order to keep my last name which also sounds too alien. My onomastic life is the thread connecting several theoretical issues, including the anthroponymic strategies required by the Marranos, underground or hidden Jews. From what is obvious to what is concealed, I come up with a theory of euphemism which is, at last, a universal cover or a cryptonym. |
Christian Amphoux
Noms cachés et noms codés
: Quelques exemples des Évangiles
| La lecture littérale qui est de mise dans la Bible depuis environ trois siècles ne prédispose pas le lecteur à y chercher des noms cachés. Et pourtant, ceux-ci existent tant dans les Évangiles que dans le Nouveau Testament. Les techniques utilisées pour produire ainsi des noms superposés sont variées mais reconnaissables. On trouve aussi des noms cachés pour signifier un message : le sacerdoce, la justice, le renouvellement de l’enseignement... Les noms cachés appartiennent à un niveau de sens qui a été effacé très tôt après la rédaction des derniers écrits du Nouveau Testament et qu’aucune tradition exégétique ne transmet ; s’il subsiste bien distinctement dans les manuscrits conservant le texte le plus ancien, il appartient au passé des textes plutôt qu’à la forme retenue et transmise dans les Églises. | A leitura literal da Bíblia desde há três séculos não predispõe o leitor para nela buscar nomes ocultos. Porém, eles existem, tanto nos Evangelhos como no Novo Testamento. As técnicas utilizadas para assim produzir nomes sobrepostos são várias, embora claramente identificáveis. Também encontram-se nomes ocultos para significar uma mensagem: o sacerdócio, a justiça, a renovação dos ensinamentos... Os nomes ocultos integram um nível de significação que cedo fora apagado depois da redacção dos últimos escritos do Novo Testamento e que nenhuma tradição exegética transmite ; se subsiste de modo distinto nos manuscritos que conservam o texto mais antigo, ele pertence mais ao passado dos textos do que à forma que as Igrejas retiveram e transmitiram. | The literal usual reading of the Bible which has been practiced for three centuries does not invite the reader to look for secret names. Nevertheless, they do exist in the Ancient as well as in the New Testament. The superposed names are produced by various techniques which are recognizable. Some concealed names carry a message, either sacerdotal, or related to justice, or to the renewal of teachings... Secret names belong to a level of meaning which has been erased shortly after the writing of the last part of the New Testament, a level that no exegetic tradition transmits ; if it remains quite distinctly in the most ancient manuscripts, it belongs to the past of those texts more than to the version kept and transmitted by Churches. |
Philippe CanguilhemLes noms cachés dans la
musique de la Renaissance :
Josquin Desprez et ses émules
| Si tous les mélomanes savent que Jean-Sébastien Bach a signé certaines de ses œuvres au moyen d’un alphabet musical, beaucoup ignorent que cette technique, et d’autres qui lui sont apparentées, sont nées à la Renaissance. Cet article présente les différents procédés de signature musicale employés par le plus célèbre compositeur de cette période, Josquin Desprez. Celui-ci, en particulier, a mis au point une technique qui consiste à déguiser un nom sous une mélodie, en s’appuyant sur l’équivalence des voyelles du nom choisi et de celles des noms des notes musicales de cette mélodie. L’article évalue enfin la fortune rencontrée par cette technique auprès des compositeurs des générations suivantes. | Se todos os melómanos sabem que João-Sebastião Bach assinou algumas das suas obras recorrendo a um alfabeto musical, muitos ignoram que esta técnica, e outras com ela aparentadas, nasceram durante o Renascimento. Este artigo apresenta os diversos processos de assinatura musical utilizados pelo mais célebre compositor desse período, Josquin Desprez, que aperfeiçoou, nomeadamente, uma técnica consistindo em disfarçar um nome por detrás de uma melodia, apoiando-se no equivalente das vogais do nome escolhido e daquelas dos nomes das notas musicais desta melodia. O artigo avalia finalmente o sucesso desta técnica junto dos compositores das gerações seguintes. | All music lovers know that Johann Sebastian Bach signed some of his works by means of a musical alphabet, but do they know that this technique – and several others related to it – can be traced back to the Renaissance days ? This article exposes the various procedures of musical signatures used by the most famous composer of this period, Josquin Desprez. For instance, he would disguise a name under a melody – establishing a correspondance between the vowels of the chosen name and those of the musical notes of this melody. The purpose of this paper is also to investigate how this technique has been cultivated by composers of the following generations. |
Paul Teyssier
Le sens caché des noms propres
| Les noms propres, dit-on, s’opposent aux noms communs en ce qu’ils n’ont pas de signification, alors que les noms communs en ont une. Il arrive parfois que la frontière entre les deux catégories s’estompe. Les noms propres deviennent ainsi des espèces de noms communs. Cet usage ambigu a été particulièrement goûté des écrivains portugais et espagnols du xvie siècle. C’est ainsi que dans l’œuvre de Gil Vicente les noms de personnages ont souvent un sens. Joane désigne toujours un jeune garçon naïf. Plusieurs femmes peu recommandables (sorcières ou maquerelles) s’appellent par antiphrase Branca ou Diaz. Le nom de Mofina Mendes, qui joue dans l’œuvre de Gil Vicente un rôle comparable à celui de la Perrette de La Fontaine, peut également être décrypté : elle est le malheur (mofina) personnifié (mendez), figure de l’humanité d’avant la Rédemption. En étudiant d’autres textes et en particulier un vilancete de Camões au sens apparemment mystérieux (celui qui commence par le vers « Com vossos olhos Gonçalves... »), on fait de bien plus étonnantes découvertes. Un grand nombre de noms de personnes sont en réalité des sortes de noms communs, voire d’adjectifs. Ainsi se dévoile en pleine lumière tout un pan, jusqu’ici assez obscur, de l’ancienne poésie. | Costuma dizer-se que os nomes próprios se opõem aos nomes comuns na medida em que, contrariamente aos segundos, os primeiros não são portadores de significação. Acontece, porém, que a fronteira entre as duas categorias se esbate muitas vezes. Os nomes próprios tornam-se então numa espécie de nomes comuns. Este uso ambíguo foi particularmente apreciado por escritores portugueses e espanhois do século xvi. Os nomes de personagens têm assim frequentemente um sentido na obra de Gil Vicente. Joane designa sempre um rapaz ingénuo. Diversas mulheres pouco recomendáveis (feiticeiras, proxenetas) chamam-se, por antifrase, Branca ou Diaz. O nome de Mofina Mendes, que desempenha na obra de Gil Vicente um papel análogo ao de Perrette em La Fontaine, pode também ele ser decifrado: é a infelicidade (mofina) personificada (Mendez), figura da humanidade antes da Redenção. Podemos, contudo, a partir do estudo de outros textos, de um vilancete de Camões de sentido aparentemente misterioso, (o que começa pelo verso « Com vossos olhos Gonçalves... »), chegar a descobertas mais notáveis ainda. Um grande número de nomes de pessoas são assim, na realidade, autênticos nomes comuns ou mesmo adjectivos. Assim se desvenda claramente toda uma faceta, até agora bastante obscura, da antiga poesia. | Proper names are said to be distinct from common names because the former have no meaning and the latter have one ; but this is not always so clearcut and those two categories sometimes overlap : proper names become in a way common names. This ambiguous use has been much valued by the Portuguese and Spanish writers of the xvith century. In Gil Vicente’s work, the characters’names often possess some meaning. Joane always designates a young naïve boy. Several women acting as pimps or witches are named by antiphrasis Branca or Diaz. Mofina Mendes (akin to La Fontaine’s Perrette) literally means « personified unhappiness », the figure of humanity before Redemption. Others texts contain even more stunning discoveries – as in a vilancete de Camões which appears so mysterious (starting with “ Com vossos olhos Gonçalves... ”). Many proper names are in fact some sort of common names or even adjectives. So is revealed in bright light a whole aspect – so far quite obscure – of ancient poetry. |
José Augusto Seabra
Des autres vies aux
outre-vies
(Apories biographiques chez Pessoa)
| Les écritures biographématiques de Pessoa sont traversées par un doute ontologique qui marque la genèse de toutes les dramatis personae du poétodrame pessoen. Les constructions biographématiques découlent de l’œuvre, étant par là-même coextensives à la textualité hétéronymique toute entière ; elles relèvent, en somme, de l’hétérotexte, pouvant être considérées comme des textes personae. L’univers pessoen est peuplé par un nombre de récits des « vies » de différents personnages, le poète entourant de mystère ses rapports personnels avec les hétéronymes et les relations qu’ils entretiennent à travers lui-même, autre. Les biographèmes sont des éléments d’un drame en poèmes et en poètes : un poémodrame et un poétodrame. Par conséquent, les biographèmes hétéronymiques pourraient être envisagés comme la manifestation éclatée et éclatante du langage et des sujets poétiques, à travers ces vies autres, ces outre-vies écrites et lues au pluriel dans les textes-personae. | As escritas biografemáticas de Pessoa são percorridas por uma dúvida ontológica que marca a génese de todas as dramatis personae do poetódrama pessoano. As construções biografemáticas decorrem da obra, sendo, por conseguinte, coextensivas à textualidade heteronímica no seu todo ; participam, em suma, do heterotexto, podendo ser consideradas como textos personae. O universo pessoano é povoado por uma série de narrativas sobre as “ vidas ” de diferentes personagens, envolvendo o poeta num mistério as suas relações pessoais com os heterónimos, assim como as relações que eles mantêm através de si mesmo enquanto outro. Os biografemas heteronímicos poderiam ser então encarados como a manifestação estilhaçada e esfusiante da linguagem e dos sujeitos poéticos através dessas vidas outras, dessas vidas d’outrora escritas e lidas no plural nos textos-personae. | Pessoa’s biographematic writings are impregnated with ontological doubt which impresses the genesis of all dramatis personae in the pessoan poetical drama. The biographematic elaborations derive from the work, being by this very means co-extensive to the entire heteronomic textuality ; as a matter of fact, they belong to the heterotext, as they can be considered as texts personae. The Pessoan universe is peopled with several « lifes stories » for each character – the poet surrounding with mystery his personal relationships with heteronyms and the relationships they nurture through him, as another. Biographems are elements of a drama in poems and poets : a poemodrama and a poetodrama. Subsequently, heteronymic biographems could be considered as an expression of language, burst out as well as bursting, of poetical subjects, through these other lifes, these after-lifes written and read with in plural form in texts-personae. |
Monique Le Moing
Des
noms occultés en littérature
(Alain Robbe-Grillet – Lima Barreto – Pedro Nava)
| Certains écrivains ont donné aux noms de leurs personnages une charge secrète qui leur permet d’orienter le lecteur vers une certaine réflexion, d’exprimer leur mal-être et / ou de dénoncer certaines tares de la société dans laquelle ils vivent : quel secret cache le personnage féminin de La Jalousie ? Quel pouvoir secret ont les personnages de Lima Barreto ? Pourquoi Pedro Nava a-t-il besoin de « fabriquer » des noms dans ses Mémoires ? | Alguns escritores deram às suas personagens um teor secreto que lhes permite simultaneamente conduzir o leitor para uma determinada reflexão, exprimir um certo mal-estar e / ou denunciar algumas taras da sociedade em que vivem: que segredo se esconde por detrás da personagem feminina de La Jalousie ? Que poder secreto detêm as personagens de Lima Barreto ? Por que motivo necessitava Pedro Nava de « construir » nomes nas suas Memórias ? | Some writers have given to the names of their characters a secret dimension in order to orient the reader in a specific path of reflection, to express their ill-being and/or to denounce some of the failures of the society they live in : which secret does the female character in La Jalousie hide ? Which hidden power do Lima Barreto’s characters possess ? Why does Pedro Nava have the need to invent fake names in his Memories ? |
Lisa Block de Behar
Borges
et la question du nom
| L’on se propose d’étudier les ressources de l’imagination verbale chez Borges, où est suggéré, sans proprement se révéler, un réseau de sens que l’histoire de la parole réserve, c’est-à-dire préserve et occulte tout à la fois. Dans ses poèmes, ses contes, ses essais, aux frontières géographiques indécises, Borges annonce une poétique de la disparition, l’imminence d’un effacement de la référence par la parole et de la parole par le silence. Paradoxalement, ces disparitions apparaissent comme la fatalité originaire de la parole qui est autant diction que désertion, révélation qu’occultation : formes différentes d’une disparition qui, pourtant, a lieu. |
Propomo-nos estudar os recursos da imaginação verbal na obra de Borges, onde se sugere, sem nunca se desvendar totalmente, uma rede de sentidos que a história da palavra recolhe, ou seja, preserva e oculta ao mesmo tempo. Nos seus poemas, contos e ensaios, de fronteiras geográficas indecisas, Borges anuncia uma poética do desaparecimento, a iminência do apagamento da referência pela palavra e da palavra pelo silêncio. Paradoxalmente, estes desaparecimentos surgem como a fatalidade originária da palavra – tanto dicção como deserção, revelação como ocultação, formas diferentes de um apagamento que, porém, acontece. |
Here we study the ressources of verbal imagination in Borges’ writing where is suggested – without properly revealing it – a network of meaning which the story of speech conveys, altogether preserving and concealing it. In his poems, tales and essays, all of them having blurred geographical limits, Borges announces a poetic of disappearance, the erasing of reference by means of speech and of speech by means of silence being imminent. Paradoxically, these disappearances proved to be an original fatality of speech which is saying as much as fleeing, revealing as much as dissimulating : different figures of a disappearance which nevertheless already occurred. |
Hilda Gomes Dutra Magalhães
Le pouvoir de la fille sans nom dans le roman Madona dos páramos
de Ricardo Guilherme Dicke
| L’auteur analyse, à partir de la théorie du « récit de l’absurde » de José Fernandes, les relations de pouvoir entre la Fille Sans Nom – la protagoniste du roman Madona dos páramos de l’écrivain brésilien Ricardo Guilherme Dicke – et ceux qui l’ont séquestrée. Cet article montre comment, à travers l’omission de son nom, le personnage construit sa vengeance et renverse les relations de pouvoir, en dominant ses bourreaux. | A partir da teoria da « narrativa do absurdo », de José Fernandes, o autor analisa as relações de poder entre a Moça Sem Nome – protagonista do romance Madona dos páramos do escritor brasileiro Ricardo Guilherme Dicke – e os seus sequestradores, evidenciando como, através da omissão do nome, a personagem constrói a sua vingança e inverte as relações de força, passando a dominar os seus carrascos. | The author analyzes the domination relationship between the Girl Without a Name and those who confined her, following the theory of the “ narrative of the absurd ” by José Fernandes. This article shows how, by obliterating her name, the heroine of the novel Madona dos páramos by the Brazilian writer Ricardo Guilherme Dicke, builds up her revenge and inverts the power relationship, by dominating her executioners. |
Yaniv Hagbi
In the Name of the Name of the
Forsaken Pretzel.
A comparative study between Agnon and Perec
| D’après Rabbi Jikatilya « une chose sans nom n’a pas d’existence ». Une telle opinion lacanienne constitue un des fondements sur lesquels on peut établir une relation entre Perec et Agnon : relation que l’on peut dégager à partir de l’examen de chacun de leurs noms, de leur signification et de leurs relations avec leurs travaux. Cette relation n’est qu’une partie des nombreux liens existant entre les travaux d’Agnon et de Perec. Malgré l’abondance de textes, quelques-uns suffisent pour illustrer ces concepts. Comprendre la signification du « nom » consiste à faire une microétude paradigmatique qui contient quelques-uns des points de vue de base à la racine des relations générales entre Agnon et Perec, relations fondées sur leurs rapports à la réalité et au langage. | Segundo Rabbi Jikatilya « uma coisa sem nome não tem existência ». Uma tal opinião lacaniana constitui uma das afirmações de base sobre quais se pode estabelecer uma relação entre Perec e Agnon: relação esta que se encontra a partir do exame de cada um dos seus nomes, da sua significação e das suas ligações com os seus trabalhos respectivos. Esta relação é uma parte só das numerosas ligações entre os trabalhos de Agnon e os de Perec. Apesar da abundância dos textos, alguns serão suficientes para ilustrar estes conceitos. Compreender a significação do nome consiste em efectuar um microestudo paradigmático que contém alguns pontos de vista de base na raíz das relações gerais entre Agnon e Perec, relações baseadas sobre as suas relações com a realidade e a linguagem. | According to Rabbi Jikatilya “ a thing without a name has no existence ”. Such a Lacanian statement is one of the basic assumptions on which the connection between Perec and Agnon can be based : a connection through the examination of each of their names, their meanings and relationships with their works. The connexion is only part of an extensive relationship between the works of Agnon and Perec. Out of the abundance of texts a few are sufficient to illustrate these concepts. Understanding the meaning of the “ name ” is a paradigmatical microstudy that contains some of the basic insights lying in the roots of the general relationship between Agnon and Perec, a relationship based on their relations towards language and reality. |
http://www.sigila.msh-paris.fr