L’ombre - A sombra
automne - hiver 2005
Charles
Malamoud : La preuve par
l’ombre
Carlos F.
Clamote Carreto : Les (en)jeux
de l’ombre ou le miroir troublé de l’écriture médiévale
Ana
Paiva Morais
: O contrato com o Invisível no Texto Medieval : Navegação de São Brandão
Laurence
Motoret :
Quand les Jacobins se faisaient du mouron : l’ombre de la baronne Orczy,
ill. de Annie Rameau
Bernard Sesé : Jeux d’ombres
(poème)
Béatrice Ménard : Ombre et
désir dans les sonnets de Jorge Cuesta
Jacqueline Baldran : « Toi
dans l’ombre, Pepita »
Françoise
Chauvelier : Camille
Claudel dans l’ombre de La Vague
Betty Rojtman : À l’ombre
de Sa lumière
António Vieira : Eram tons só
cinzentos sobrepostos (conte)
Marie-Françoise
Vieuille :
L’été encore (poème)
Anne Chaurand-Teulat : La
silhouette de l’Arabe dans l’œuvre de Camus : cet obscur objet
d’inquiétude
Leïla Sebbar : L’ombre de
la langue
Adrien Le Bihan : Vladimir
Nabokov dans l’ombre de John Shade
René Bonnot : Neige de
novembre (poème)
Isabelle Gozard : Façonner
l’ombre
Louis
Flach : L’ombre,
l’âme et le temps
Frédérique Kerbellec : Trois
poèmes
Fabienne Wateau : L’ombre
apprivoisée
Jean-Charles
Depaule :
Fragment de Ma vie avec (poème)
Sylvette Dufour : Du Caravage
à Bonnard
Haïm-Vidal Sephiha : Nuit et
brouillard
André Malraux : Extrait du
discours pour le transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon
Anne Raulin : Passages en
ombre à Manhattan. En regard des photos de Jeffrey Lohn
Anthologie
du secret
Maurice
Scève : Comme Hecaté tu me
feras errer
Robert Desnos : J’ai tant rêvé
de toi
Paul Celan : Sprich auch du /
Toi aussi, parle, trad. de Valérie Briet
T. S. Eliot
: Les hommes
creux. Un penny pour le vieux Guy, trad. de Pierre Leyris
Juan Ramón Jiménez : (Mitolojía)
/ (Mythologie), trad. de Bernard Sesé
Eugénio de Andrade : À sombra,
dar à sombra / À l’ombre, donner à l’ombre, trad. de Michel Chandeigne
António Ramos Rosa : Um astro/Un
astre, trad. de Michel Chandeigne
Antonio
Aparicio : De noche te
asaltarán / De nuit tu seras assaillie, trad. de Sol Aparicio et Bernard
Sesé
Affonso Romano de Sant’Anna :
O homem e sua sombra
Lectures
Aldebert de Chamisso : L’Étrange
histoire de Peter Schlemihl, Le Livre de poche, 2004 (Bernard Sesé)
Arthur
Schnitzler : La
Pénombre des âmes, Stock, 2000 (B. Sesé)
Jean-Bertrand Pontalis :
Traversée des ombres, Gallimard, 2003 (Christine Jacquet-Pfau)
Clément Rosset : Impressions
fugitives. L’ombre, le reflet, l’écho, Les Éditions de Minuit, 2004
(Guy Samama)
L’Armée des ombres de Jean-Pierre Melville (Laurence Motoret)
* * *
Résumés - Resumos – Abstracts
Carlos F. Clamote Carreto
Les (en)jeux de l’ombre ou le miroir troublé de l’écriture médiévale
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Protectrice ou menaçante, à la fois familière et si radicalement autre, appel à la lumière ou douce séduction des ténèbres, fugace, insaisissable et néanmoins si constante, l’ombre est au cœur d’un imaginaire ambigu et puissant. Comme voile qui dissimule et préserve les mystères du sens, elle s’est vue parfois érigée, durant le Moyen Âge, en métaphore exemplaire de l’activité exégétique et scripturaire. Pour saint Augustin, par exemple, elle apparaît souvent comme doublure de la lettre qui porte ombrage au signifié, devenant ainsi, dans l’univers de la représentation, analogue à tous ces simulacres qui font obstacle à la révélation de la vérité. Lorsque, dans la civilisation en anamorphose des xiie et xiiie siècles, l’empire des signes menace plus que jamais l’ordre symbolique, l’image de l’ombre refait surface comme l’emblème paradoxal des effets miroitants et trompeurs des signes au sein de l’écriture fictionnelle. Le Lai de l’ombre de Jean Renart est sans doute l’un des exemples les plus éloquents de cette poétique du reflet. |
Reconfortante ou ameaçadora, simultaneamente próxima e familiar e tão radicalmente diferente, fugaz, inapreensível e, no entanto, tão constante, a sombra integra um ambíguo e poderoso imaginário. Enquanto véu que dissimula e protege os mistérios do sentido, foi por vezes elevada, durante a Idade Média, ao estatuto de metáfora exemplar da actividade exegética e literária. Para Santo Agostinho, por exemplo, emerge frequentemente como projecção da littera que turva e obscurece o significado, tornando-se assim, no universo da representação, análoga a todos os simulacros que impedem a revelação da verdade. Quando, no seio das mutações que caracterizam a civilização medieval dos séculos xii e xiii, o império dos signos ameaça mais do nunca a ordem simbólica, a imagem da sombra volta a surgir em força como emblema paradoxal dos efeitos especulares e enganadores que os signos produzem à superfície da escrita ficcional. O Lai de l’ombre de Jean Renart constitui sem dúvida um dos exemplos mais eloquentes desta poética do reflexo. |
Shade lies at the heart of an ambiguous and powerful imaginary world. Protective or threatening, familiar yet so radically foreign, elusive but so constant, it is a call for light or the sweet appeal of darkness. As a veil hiding and preserving the mysteries of meaning, shade was sometimes seen as a perfect metaphor for exegetical and scriptural activities during the Middle Ages. For instance, St. Augustine often considered it as a second signifier tainting the signified and thus becoming similar, in the world of representation, to all the sham that prevents the revelation of truth. When the symbolic order was more than ever threatened by the empire of signs in the anamorphic civilization of the twelfth and thirteenth centuries, the figure of shade reappeared as a paradoxical emblem for the shimmering, beguiling effects of signs in fiction. Jean Renart’s Le Lai de l’ombre may well be one of the most outstanding examples of such a poetics of reflection. |
Ana Paiva Morais
O Contrato com o Invisível no Texto Medieval :
Navegação de São Brandão
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La Navegação de São Brandão s’appuie sur une théorie de l’image faisant partie d’un programme herméneutique exégétique qui envisage de saisir l’objet de connaissance en diverses étapes. La pensée médiévale conçoit l’image dans un insurmontable éloignement d’avec le modèle parfait et transcendant, soit dans le reflet de l’imago, celle-ci envisagée comme un modèle fondateur de la vision, soit dans ses émanations les plus imparfaites et illusoires telles qu’elles sont comprises dans l’idée d’idolum, soit, encore, dans les distorsions du simulacrum. L’image est plutôt envisagée dans le cadre de l’ombre, l’umbra des théologiens, qui la transforme au gré de son action sur l’ensemble de la vision. Dans cet article sont analysées les configurations de l’image dans le voyage de Saint Brandan à L’île Promise, en visant à examiner en particulier les enjeux de la lumière et de l’ombre qui la structurent. |
A Navegação de São Brandão baseia-se numa teoria da imagem que está implicada num programa hermenêutico de carácter exegético que inclui a captação do objecto de conhecimento em várias etapas. Desde o reflexo da entidade modelar e fundadora da visão, que é a imago, até às suas emanações mais imperfeitas e falseadoras condensadas na ideia do idolum, passando pelas inevitáveis distorções do simulacrum, a imagem, na sua concepção medieval, está inevitavelmente arredada do seu modelo perfeito transcendente, e encontra-se envolvida no trabalho da sombra, a umbra dos teólogos. Neste artigo analisa-se a configuração das imagens na viagem de São Brandão à Ilha da Promissão, estudando em particular as modalidades do jogo entre a luz e a sombra em que aquelas imagens são envolvidas. |
The Navegação de São Brandão is based on a theory of the image which is itself part of a hermeneutical and exegetical project aiming at grasping the object of knowledge in several stages. Medieval thought considers the image as separated from its perfect and transcendent model by an unbridgeable gap. It may be reflected in the imago, which is seen as a founding model for vision, or appear in its most imperfect and deceptive forms, such as are conveyed in the idea of the idolum. Finally, it may manifest itself in the distortions of the simulacrum. The image tends to be considered as framed by shade - or what the theologians called umbra – and is transformed according to shade’s effect on vision as a whole. This article will analyze the shapes that image takes in St. Brandan’s journey to the Promised Island, seeking especially to examine what is at stake behind the light and shade structuring the image. |
Laurence Motoret
Quand les Jacobins se faisaient du mouron : l’ombre de la baronne Orczy
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Ayant fui la Hongrie, à la suite d’une jacquerie, Emmuska Orczy émigra en Angleterre. Elle devint un écrivain mondialement connu, en créant l’un des tout premiers héros de l’ombre du xxe siècle, qui en compta beaucoup. Dans les années 1790, son Mouron rouge aidait les monarchistes à quitter la France révolutionnaire et à gagner le pays qui l’avait elle-même accueillie. |
Tendo sido forçada a abandonar a Hungria na sequência de tumultos, Emmuska Orczy emigrou para Inglaterra. Tornou-se então numa escritora mundialmente conhecida ao criar um dos primeiríssimos heróis da sombra entre os muitos que o século xix engendrou. Nos Anos 1790, o seu Mouron rouge ajudava os monárquicos a deixar a França revolucionária para se refugiarem nos países que a acolheram a si mesma. |
Having fled Hungary after a peasant uprising, Emmuska Orczy emigrated to England. She became a world-famous writer, creating one of the twentieth century’s very first underground heroes, though there would be many more to come. Her Scarlet Pimpernel helped royalists leave Revolutionary France in the 1790s, and reach the same country which welcomed her. |
Béatrice Ménard
Ombre et désir dans les sonnets de Jorge Cuesta
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Cet article porte sur les trente-quatre sonnets publiés par le poète mexicain Jorge Cuesta dans les années vingt et trente. Il s’attache à montrer, depuis une perspective à la fois littéraire, philosophique et psychanalytique, que l’ombre qui envahit l’univers des sonnets est liée à la conception d’un temps atomisé, qui scinde le sujet poétique, lui dérobant une partie de son être qui reste inaccessible à la conscience. Il démonte les rouages du jeu du désir qui pousse le locuteur à se retrancher dans l’ombre pour échapper au « mouvement de prodigalité de la vie » et le condamne, tout comme l’objet de son désir, à une irrémédiable et sombre solitude. Il interroge la nature du langage poétique en œuvre dans les sonnets de façon à percer le secret de cette « parole obscure », dont l’hermétisme semble toucher aux profondeurs mêmes du désir inconscient. |
Este artigo baseia-se nos trinta e quatro poemas publicados pelo poeta mexicano Jorge Cuesta nos Anos Vinte e Trinta. Pretende mostrar, numa perspectiva simultaneamente literária, filosófica e psicanalítica, que a sombra que invade o universo dos sonetos está intimamente relacionada com uma concepção do tempo atomisado que rasga o sujeito poético, roubando-lhe parte do seu ser que fica assim inacessível à consciência. Desmonta os mecanismos do jogo do desejo que obriga o locutor a refugiar-se na sombra para escapar ao « movimento de prodigalidade da vida » e o condena, bem como ao seu objecto de desejo, a uma irremediável e sombria solidão. Questiona finalmente a natureza da linguagem poética patente nos sonetos, de modo a perscrutar o segredo contido nesta « palavra obscura » cujo hermetismo parece querer tocar as profundezas do próprio desejo inconsciente. |
This article deals with the thirty-four sonnets published by the Mexican poet Jorge Cuesta in the 1920s and 1930s. Starting from a perspective that is at once literary, philosophical and psychoanalytical, it aims at showing that the shadows pervading the world of the sonnets are linked to an atomized conception of time that splits the poetic persona, robbing him of a part of his being to which consciousness has no access. The article analyzes the way desire works, urging the speaker to retreat into the shadow so as to escape « life’s prodigality » and condemning him, as well as the object of his desire, to endless, dark solitude. The article questions the nature of the poetic language at work in the sonnets, seeking to pierce through the mystery of an « obscure speech » whose secrecy seems to reach down to the very depths of unconscious desire. |
Jacqueline Baldran
« Toi dans l’ombre, Pepita »
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L’Espagne de V. Hugo renvoie toujours, de près ou de loin, à la reviviscence d’émotions liées à son lointain séjour à Madrid. En 1821, le poète renoue avec son père et cette tendresse retrouvée libère les ombres du passé. Mais elles ne nous livrent pas le secret qui a blessé son enfance. Pepita, sa complice du palais Masserano, en est l’écho. |
A Espanha de Vítor Hugo reenvia sempre, de uma forma ou de outra, para o reacender de emoções ligadas à sua longínqua estadia em Madrid. Em 1821, o poeta volta a atar relações com o seu pai, reavivando-se uma ternura que liberta as sombras do passado. Estas sombras não nos revelam, contudo, o segredo que feriu a sua infância e que ecoa em Pepita, a sua cúmplice no Palácio de Masserano. |
Victor Hugo’s Spain always somehow recalls the emotions linked to his distant stay in Madrid. In 1821, the poet renewed relations with his father, and the new feeling of tenderness that arose set free the shadows of the past. However, these do not reveal anything about his childhood’s secret trauma, echoed in the figure of Pepita, his friend from the Masserano palace. |
Françoise Chauvelier
Camille Claudel dans l’ombre de La Vague
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L’ombre de La Vague, c’est cette ombre qui efface doublement la vie de Camille Claudel. Elle crie le génie d’une femme écrasée par trente années d’internement et hurle l’impossible de l’amour avec cet homme de génie, Auguste Rodin. |
A sombra de La Vague é essa sombra que apaga duplamente a vida de Camille Claudel. Através dela, grita o génio de uma mulher esmagada por trinta anos de internamento e ecoa o impossível do amor com esse homem de génio que foi Auguste Rodin. |
The shadow of La Vague doubly erases Camille Claudel’s life. It clamours for the genius of a woman crushed by thirty years’ confinement as well as for her ill-fated love for that other genius, Auguste Rodin. |
Betty Rojtman
À l’ombre de Sa lumière
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La fête juive de Souccot, ou fête des Tabernacles, semble fondée sur une enfilade de paradoxes. Si elle représente, dans la cohérence symbolique du calendrier juif, le temps de la joie et d’un surplus de lumière, le rituel qui la sous-tend est au contraire centré sur une thématique de l’ombre. La présente étude s’attache à redéfinir les enjeux et les surprises de ce clair-obscur. |
A festa judaica do Souccot, também conhecida como festa dos Tabernáculos, parece enraizar-se numa série de paradoxos. Se representa, de acordo com a coerência simbólica do calendário judaico, um tempo de júbilo e de excesso de luz, o ritual que lhe está subjacente está, pelo contrário, centrado na temática da sombra. Este artigo visa redefinir os objectivos e os surpreendentes contornos deste claro-escuro. |
The Jewish Feast of the Tabernacles (or Succoth) seems based on a series of paradoxes. Within the symbolic coherence of the Jewish calendar, it stands for a time of joy and of light in profusion, yet its underlying ritual is centered around themes of shade. This study seeks to redefine the stakes and surprises that are found in this interplay of light and shade. |
Anne Teulat
La silhouette de l’Arabe dans l’œuvre de Camus : cet obscur objet
d’inquiétude
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En étudiant la manière dont Albert Camus décrit les Arabes comme des ombres, dans L’Étranger, « La Femme adultère » et « L’Hôte », nous tentons de révéler les zones d’ombre de l’écrivain, ce qu’il ressent vis-à-vis de la communauté arabe. L’analyse cherche à faire la lumière sur la complexité du thème de l’ombre, à la fois synonyme d’oubli, de chimère, d’inquiétude mais aussi de désir et de rêve. |
Ao estudarmos a forma como Albert Camus descreve os Árabes como sombras em l’Étranger, “La femme adultère” e “L’hôte”, trata-se de revelar as zonas de sombra do próprio escritor, aquilo que sente em relação à comunidade árabe. A análise procura trazer alguma luz sobre a complexidade do tema da sombra, sinónimo de esquecimento, de quimera, de inquietação, mas também de desejo e de sonho. |
In studying the way
Albert Camus describes Arabs as shadows in L'Étranger
and the two short
stories « The Adulterous Woman » and « The Guest », we endeavour to reveal
the writer’s own dark areas – his feelings towards the Arab community. This
analysis seeks to cast light on the complex theme of shade, which stands for
oblivion, anxiety, and chimeras but also for desires and dreams. |
Adrien Le Bihan
Vladimir Nabokov dans l’ombre de John Shade
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John Shade, mort tragiquement, est un auteur américain peu connu. Son poème « Feu pâle », le seul que nous connaissions autrement que par son titre, n’en rivalise pas moins avec ceux qu’un écrivain russe glissa dans le roman qui lui valut le prix Nobel de littérature. Tel semble du moins l’avis de Vladimir Nabokov, dont les jugements sur l’Amérique et sur la Russie ne laissent jamais indifférent. |
John Shade, que sofreu uma morte trágica, é um autor americano pouco conhecido. O seu poema « Feu pâle » (« Fogo pálido »), o único que conheçamos para além do seu título, não deixa contudo de rivalizar com os que um escritor russo inserira num romance que lhe valeu o Prémio Nobel da literatura. É, pelo menos, essa a opinião de Vladimir Nabokov cujas considerações sobre a América e a Rússia não deixam ninguém indiferente. |
John Shade is a little known American author who met a tragic death. His poem « Pale Fire », the only one for which we have more than a title, is nevertheless on a par with those that a Russian writer slipped into the novel which earned him the Nobel Prize. Such is at least the belief of Vladimir Nabokov, whose opinions on America and Russia never leave people indifferent. |
Isabelle Gozard
Façonner l’ombre
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Dans les années 1930, le Vietnam invente des techniques qui font sortir la laque de l’ornementation et de l’artisanat. Des artistes l’explorent. Aujourd’hui, le peintre Lê Hong Thai, ayant lui-même innové avec la technique de la laque sur toile, s’impose par sa maîtrise de l’ombre et la force de son parcours solitaire et original. |
O Vietname inventa, nos Anos Trinta, técnicas que fazem sair a laca do estrito domínio da ornamentação e do artesanato. Os artistas exploram-nas. Tendo ele próprio inovado com a técnica de laca sobre tela, o pintor Lê Hong Thai impõe-se hoje pela forma como domina a sombra e pela pujança do seu percurso solitário e original. |
In the 1930s, Vietnam invented techniques which drew lacquer painting out of the realm of ornamentation and craftsmanship. Artists explored them, and nowadays, the painter Lê Hong Thai, an innovator with his technique using lacquer on canvas, stands out with his mastery of shadows and his strong, original, yet solitary course. |
Louis Flach
L’ombre, l’âme et le temps
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Selon une théorie que Platon expose dans le Théétète, avant de la réfuter, la réalité n’est qu’une hasardeuse combinaison de sensations. À partir de leur flux incessant, se construisent la personne et le monde de chacun. L’âme ne serait donc qu’une illusion procurée par l’ombre que chacun projette sur autrui, autrement dit par l’image de soi perçue chez les autres. Peter Schlemilh, héros du conte de Chamisso, a vendu son ombre au diable. Dépouillé de son être social, il se découvre une âme qu’il refuse d’échanger contre la restitution de son ombre. Déshérité, solitaire, il porte une attention extatique au devenir du monde. Par sa totale présence à cette mystérieuse continuité d’apparitions et de disparitions qu’est le monde, l’âme, dans l’extase ou dans l’angoisse, s’éprouve comme réalité. |
De acordo com uma teoria que Platão expõe, antes de a refutar, no seu Teeteto, a realidade não passaria de uma fortuita combinação de sensações cujo fluxo incessante constrói a pessoa e o mundo de cada um. A alma seria então apenas uma ilusão que cada qual procura na sombra que projecta sobre o Outro, ou seja, pela imagem de si mesmo apreendida pelos outros. Peter Schlemilh, herói do conto de Chamisso, vendeu a sua alma ao diabo. Despojado do seu ser social, descobre em si uma alma que recusa trocar contra a restituição da sua sombra. Deserdado e solitário, lança um olhar extática sobre o devir do mundo. Pela sua plena adesão a esta misteriosa continuidade de aparições e ausências que constitui o mundo, a alma, no êxtase ou na angústia, põe-se à prova enquanto realidade. |
According to a theory proposed, then refuted by Plato in Theaetetus, reality is merely a chance combination of sensations. Their ceaseless flow shape people’s characters and their world. The soul is then only an illusion created by the shadow that one person projects onto another, or, in other words, by a person’s self-image as it is perceived by others. Peter Schlemilh, the hero of Chamisso’s tale, has sold his shadow to the devil. Bereft of his social being, he discovers he has a soul, which he is not willing to exchange for his shadow. As a deprived, solitary man, he is extatically attentive to the development of the world. The soul is entirely present in the mysterious series of appearances and disappearances which make up the world. As such, it feels that it is part of reality, whether in joy or anguish. |
Fabienne Wateau
L’ombre apprivoisée
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Dans le nord-ouest du Portugal, des pierres de partage de l’eau, sorte d’horloge solaire de style grossier et peu sophistiqué, servent à découper le temps en période estivale d’irrigation. Le vocabulaire utilisé pour désigner les espaces-temps est extrêmement complexe et difficile à mémoriser ; le principe de roulement qui préside à la distribution des parts en fonction des avoirs de chacun relève d’une logique ancienne inscrite sur le territoire. L’ombre ne se laisse pas apprivoiser facilement. Pourtant, si elle garde farouchement son secret pour certains, et parmi eux des immigrés de retour au pays qui ne savent plus comment lire « l’heure de l’eau », savoir en domestiquer la lecture revient à maîtriser un phénomène naturel et conduit à créer une sociabilité organisée. L’article propose de décrypter les différentes étapes de cette mise en scène de la sociabilité. |
No noroeste português, pedras de partilha da água – espécie de relógios solares de estilo grosseiro e pouco sofisticados – servem para dividir o tempo no período estival de irrigação. O vocabulário utilizado para designar estes espaços-tempo é extremamente complexo e difícil de memorizar ; o princípio de rotatividade, que preside à distribuição das partes em função das posses de cada um, insere-se numa lógica ancestral inscrita no próprio território. A sombra não se deixa dominar com facilidade. Todavia, se esconde ferozmente o seu segredo de alguns – entre os quais imigrantes de regresso à terra que já não sabem ler « a hora da água » –, saber domesticar a sua leitura equivale a dominar um fenómeno natural, criando-se assim uma sociabilidade organizada. Este artigo visa decifrar as diferentes etapas da construção desta sociabilidade. |
In north-western Portugal, there are stones looking rather like a crude and elementary form of sundial that share out the water, dividing time into summer periods of irrigation. The words used to designate the range of time are very complex and hard to memorize. The principle that lies at the root of the water shifts and that determines the amount received according to what is owned goes back to an ancient system, inscribed in the land. Shadows are not easy to tame. Though they may remain a mystery for some people, notably for migrants who are no longer able to tell « the time for water » when they come back to their country, being able to interpret them implies mastering a natural phenomenon, and leads to the establishment of an organized form of sociability. This article will present the different steps involved in staging this sociability. |
Sylvette Dufour
Du Caravage à Bonnard
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À travers deux « approches » de certaines œuvres du Caravage et de Bonnard, il est question du traitement et de la fonction de l’ombre dans la production de ces deux peintres. |
Através de abordagens distintas de algumas das obras de Caravaggio e de Bonnard, a questão reside no tratamento e na função da sombra na produção destes dois pintores. |
Based on two approaches of some of Caravaggio’s and Bonnard’s works, this article will deal with the treatment and function of shade in these painters’ production. |
Haïm-Vidal Sephiha
Nuit et brouillard
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« Nuit et brouillard » est la traduction de l’allemand Nacht und Nebel que les nazis utilisaient pour rendre le sigle « N.N. » appliqué à tout prisonnier destiné à disparaître. Ce sigle est celui de l’anonymat, de la négation du nom, de son remplacement par un numéro (Nummer), notre X en quelque sorte, mais également en usage aujourd’hui en France. Ce sont les initiales de Nomen Nescio, « J’ignore le nom », en fait, « Je veux l’ignorer ». Elles symbolisent tout l’univers concentrationnaire nazi que Robert Desnos a si bien rendu dans son dernier poème. |
“Noite e nevoeiro” é a tradução da expressão alemã Nacht und Nebel que os nazis utilizavam para desenvolver a sigla “N.N.” aplicada a todo o prisioneiro destinado a desaparecer. Esta sigla, ainda utilizada em França nos dias de hoje, representa o anonimato, a negação do nome, a sua substituição por um número (Nummer) – análogo, de certo modo, ao nosso X. São as iniciais de Nomen nescio, “desconheço o nome” ou, na verdade, “não o quero conhecer”. Simbolizam todo o universo concentracionário nazi que Robert Desnos tão bem expressou no seu último poema. |
« Night and fog » is the translation of the German phrase Nacht und Nebel used by the Nazis for the initials « N.N. » designating prisoners meant to be eliminated. Those initials stand for anonymity ; they deny a name and replace it by a number (Nummer), just like our letter X, in a way ; yet they are also used nowadays in France. They are the initials of Nomen Nescio, meaning « I do not know the name », actually « I want to ignore it ». They symbolize the world of Nazi concentration camps that Robert Desnos conveyed so well in his last poem. |
Anne Raulin
Passages en ombre à Manhattan. En regard des photos de Jeffrey Lohn
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Comment la photographie peut-elle accompagner un traumatisme collectif ou personnel ? Le travail de Jeffrey Lohn sur les affiches des Missing Persons du 11 septembre 2001 engage à suivre les ombres qui nous envahissent alors et à leur trouver place. |
Como é que a fotografia pode ser lida com um traumatismo colectivo ou pessoal ? O trabalho de Jeffrey Lohn a partir dos cartazes das Missing Persons do 11 de Setembro de 2001 é um convite a seguir as sombras que nessa altura nos invadem e a devolver-lhes um lugar próprio. |
How can photography help with collective or private trauma ? Jeffrey Lohn’s work on the posters of Missing Persons after 9/11 bids us follow the shadows that penetrate us and find a place for them within ourselves. |
* Les résumés ont été traduits en portugais par Carlos F. Clamote Carreto et en anglais par Marie Nadia Karsky.
http://www.sigila.msh-paris.fr