Orients–
Orientes
printemps - été 2003
Préface de
Jack Goody : Secrets
d’Orient et d’Occident (trad. de l’anglais par Anne Raulin)
Laurent
Lévy (photo)
Isabelle
Gozard : Côté cour :
des cerisiers en fleur
Tanizaki
Junichirô : Toko no ma,
extrait de Éloge de l’ombre (1933), trad. du japonais par René
Sieffert
Kayoko
Iwauchi : Le secret de la force linguistique de la femme
japonaise
António
Vieira : A Princesa de Nara
(conte)
Catherine
Dumas : Wenceslau de Moraes
ou les affres du partage
Bernard
Sesé : Rose des sables
(poème)
Leïla
Sebbar : L’Orient,
ma rêverie
Ahmed
Farid Merini : Les
secrets d’une stratégie sublime (à propos des Mille et une Nuits)
Iskandar
Habache : Exercices (poème
trad. de l’arabe par Jean Charles Depaule)
Claude-Henri
Rocquet : Rimbaud, le
secret, l’Orient
Sylvie
Sesé-Léger : L’autre du désert (Isabelle
Eberhardt)
François-Guillaume-Jean-Stanislas
Andrieux : L’alchimiste
et ses enfants (conte)
Dejanirah
Couto : Goa secrète
Hugues
Didier : Tel le diable, tel le morisque, le missionnaire jésuite...
Véronique
Porret : Changhaï
des pas perdus. Vichy en Asie
Ricardo
Paseyro : El derviche / Le
derviche, poème trad. de l’espagnol par Yves Roullière
Laurence
Motoret : Fu Manchu :
le soufre de l’Orient (Lionel Aubry, illustration)
Étienne
Germe : Se créer : la
poésie extrême-occidentale de François Cheng
Dominique
Samson Normand de Chambourg : Fragments
de l’Orient russe. Présentation et traduction d’un passage de La Mère
de Dieu dans des neiges de sang de Eremej Ajpin
Claude
Léger : Bazar oriental
Anthologie du secret
Moïse
ibn Ezra : Le secret...,
trad. de l’hébreu par Michel Garel
Abou
Mohammad Elyas Nezâmî : Histoire
de Khosrow Nouchirvân et de son vizir
Victor
Hugo : Le poète au calife
Victor
Hugo : L’orient
Victor Segalen : Le
Thibet (Extrait)
Claude Georges Fort
(acrylique sur papier)
Lectures
Tanizaki
Junichirô, Éloge de l’ombre, trad. du japonais par René
Sieffert, Publications orientalistes de France, 1977 (Bernard Sesé)
Edward Saïd,
L’orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, trad. de
l’américain par Catherine Malamoud, Le Seuil, 1980 (Charles Baladier)
Sadegh
Hedayat, La Chouette aveugle,
trad. du persan par Roger Lescot, José Corti, rééed., 1984 (Marie-Françoise
Vieuille)
Alessandro
Barrico, Soie, trad. de
l’italien par Françoise Brun, Gallimard, 2001 (Geneviève Vilnet)
Patrick
Sbalchiero (dir.), Dictionnaire
des miracles et de l’extraordinaire chrétiens, Fayard, 2002 (Florence Lévi)
Anne
Fougère et Claude-Henri Rocquet,
Lanza del Vasto, Desclée de Brouwer, 2003 (Francine Bloch-Danoën)
Sergio
Corrêa da Costa, Brésil, les
silences de l’histoire, Préface de Jean-Christophe Rufin, trad du
portugais (Brésil) par Monique Le Moing, Éditions du Rocher, 2003 (Martine
Vinet)
* * *
Résumés - Resumos – Abstracts
Isabelle Gozard
Côté
cour : des cerisiers en fleurs
| Le théâtre, dans ce qu’il engage du corps, de l’esprit et de l’intelligence tout entière de l’homme, est un lieu particulièrement propice au dévoilement. En 1999, à Tokyo, sous la direction de Kazuyoshi Kushida, dix-neuf acteurs dont huit occidentaux répètent et jouent La Bonne âme du Se-Tchouan de Bertolt Brecht. Au fil du temps, entre découverte et incompréhension, un fil se tend. Dans le partage de leurs différences, à travers cette épreuve et ce bonheur là, un spectacle est inventé. | Na medida em que envolve o corpo, o espírito e a inteligência do homem, o teatro surge como um espaço particularmente propício ao desvendamento. No ano de 1999, em Tóquio, dezanove actores entre os quais oito eram ocidentais ensaiaram e representaram, sob a direcção de Kazuyoshi Kushida, La Bonne âme du Se-Tchouan de Bertolt Brecht. Pouco a pouco, entre descoberta e incompreensão, vai-se tecendo uma relação. Na partilha das suas diferenças e através desta prova e experiência feliz, inventou-se um espectáculo. | In engaging the body, spirit and all of man’s intelligence, the theatre is a particularly propitious place for unveiling. In 1999, in Tokyo, under the direction of Kazuyoshi Kushida, nineteen actors of whom eight are from the West, rehearsed and played Bertolt Brecht’s La Bonne âme du Se-Tchouan. As time went on, between discovery and incomprehension, a thread tightened. Exchanging their differences, through difficulty and joy, a play came to be. |
Kayoko Iwauchi
Le secret de la force linguistique de la femme japonaise
| Le japonais possède un langage des femmes et un langage des hommes complètement différents. Les Japonaises doivent parler plus poliment que les hommes. La langue des femmes reflète une image idéale de la femme demandée par la société. Elle doit être faible et sans autorité. Cette langue est indispensable pour une communication harmonieuse dans notre société. Par contre, les femmes ne peuvent pas manifester leur opinion clairement ou leur autorité en utilisant cette langue. Que font-elles si elles en ont besoin ? Elles utilisent la langue des hommes. Comment et dans quelle occasion l’utilisent-elles ? Nous voudrions dévoiler ce secret. | A língua japonesa possui uma linguagem das mulheres e uma linguagem dos homens completamente diferente uma da outra. As Japonesas devem falar de forma mais educada que os homens. A sua linguagem espelha uma imagem ideal da mulher exigida pela sociedade. Deve apresentar-se fraca e sem autoridade. Esta linguagem é indispensável para que se estabeleça uma comunicação harmoniosa na sociedade. Em contrapartida, as mulheres não podem manifestar abertamente a sua opinião ou a sua autoridade utilizando esta linguagem. Para tal, deverão recorrer à linguagem dos homens. Como e em que circunstâncias o fazem ? É este segredo que gostaríamos de desvendar. | In Japanese there is a language of women and a completely different one used by men. Japanese women must speak more politely than men. This language reflects society’s ideal image of a woman. She must be weak and without authority. A harmonious communication in our society depends on this language. However, women cannot express their opinions clearly nor show any authority through this language. What can they do then ? They use the language of men. How and in which situations do they use this language ? We will attempt to unveil this secret. |
António Vieira
"A princesa de Nara"
Conte inédit - Conto inédito - An unpublished tale
Catherine Dumas
Wenceslau de Moraes ou les affres du partage
| Nous observons le nomadisme à l’œuvre chez Wenceslau de Moraes, voyageur orientaliste portugais qui se fixe pendant la seconde moitié de sa vie au Japon. Un réseau de rituels se construit parallèlement aux rituels du Japon ancien observé. Cela traduit une tension empathique et un désir d’intégration au territoire sacré de l’autre. En traçant une cartographie personnelle, en replaçant lieux et objets dans une esthétique minimaliste, l’écrivain portugais croit accéder au cœur du mystère de la culture japonaise. Son double positionnement d’acteur et d’observateur est finalement incompatible avec la dépersonnalisation à laquelle il aspire. C’est avec toutes les caractéristiques de l’écrivain portugais du tournant du xixe siècle qu’il raconte sa vie. | A obra de Wenceslau de Moraes, viajante orientalista português que se fixou no Japão durante a segunda metade da sua vida, é marcada pelo nomadismo. Nela se vislumbra uma rede de rituais paralelos aos rituais do Japão antigo que traduz uma tensão empática e um desejo de integração no território sagrado do outro. Ao esboçar uma cartografia pessoal, ao recolocar lugares e objectos num estética minimalista, o escritor português tenta aceder aos mistérios da cultura japonesa. O seu duplo posicionamento de actor e observador revela-se todavia incompatível com a despersonalização à qual aspira. É, afinal, com todas as características de um escritor português da viragem do século xix que conta a sua vida. | We study the nomadic aspect of the works of Wenceslau de Moraes, Portuguese traveller in the Orient who settled in Japan during the second half of his life. A series of rituals arose parallel to those of ancient Japan which he observed. This translates an empathetic tension and a desire to integrate the sacred territory of the other. Tracing a personal cartography, resetting places and objects in a minimalist aesthetic, the Portuguese author thinks he will reach the heart of the mystery of the Japanese culture. In the end, his double position as author and observer is incompatible with the depersonalisation he aspires. It is with all the characteristics of a Portuguese writer at the turn of the xixth century that he relates his life. |
Leïla Sebbar
L’Orient, ma rêverie
| La colonisation française en Algérie, le silence de la langue de mon père, l’arabe, m’interdisent l’Orient. Je vis dans une petite France, séparée. L’imaginaire de l’Orient sera ma rêverie littéraire, et je serai écrivaine. |
A colonização francesa na Argélia, o silêncio da língua do meu pai, o árabe, proibem-me o Oriente. Vivo numa pequena França, separada. O imaginário do Oriente será a minha divagação literária e eu hei-de ser escritora. |
The French colonisation of Algeria, the silence of my father’s language, Arabic, deprive me of the Orient. I live in a small separate France. Imagining the Orient will be my literary dream, and I will be a writer. |
Ahmed Farid Merini
Les secrets d’une stratégie sublime
(à propos des Mille et une Nuits)
| Dans les Mille et une Nuits, la parole de Schahrazade se déploie sur un fond de drame social où l’enjeu est celui de l’extermination du genre féminin. Comment alors, dans l’aveuglement de la nuit et l’intimité du lieu, révélant aussi bien jouissance que vertu féminine, a-t-elle pu permettre à la parole de se déployer au détriment de l’acte, à Éros de renaître en se substituant à Thanatos ? Voilà donc la grande question qui se profile à la lecture des Mille et une Nuits, et dans laquelle le féminin se présente comme une énigme pour Chahriar, après avoir été rattaché sans discernement à la trahison. Comment Schahrazade a-t-elle pu rendre sa parole possible ? C’est autour de cette question que nous avons développé ce travail et plus particulièrement sur les secrets de sa stratégie sublime. | Nas Mil e uma noites, a palavra de Schahrazade coloca-se sob o signo de um drama social onde está em causa o extermínio do género feminino. Como é que ela conseguiu, na cegueira da noite e na intimidade do espaço, que a palavra se expandisse em detrimento do acto, que Eros renascesse, substituindo-se a Tanatos ? Eis a grande questão que emerge da leitura das Mil e uma noites e na qual o feminino surge como um enigma para Chahriar, depois de ter sido abusivamente associado à traição. Esta reflexão interroga-se assim sobre os segredos da subtil estratégia que permitiu a Schahrazade tornar possível a sua palavra. | In A Thousand and One Nights, Sheherazade’s tales unfold against a background of social drama where the stake is that of the extermination of the female gender. How then, in the back of night and the intimacy of the place, are feminine pleasure and virtue revealed ? Was Sheherazade able to put the word in motion to the detriment of the act, to allow Eros to be reborn by substituting himself for Thanatos ? That is the big question which runs through A Thousand and One Nights and in which the feminin is seen by Chahriar as an enigma after having been linked without discernment to betrayal. |
Claude-Henri Rocquet
Rimbaud, le secret, l’Orient
| L’interprétation de Rimbaud est toujours à reprendre. S’interroger sur la présence de l’Orient dans son œuvre, sinon dans sa vie, indique une voie vers son « secret ». D’où ce regard sur certaines pages des Illuminations et d’Une saison en enfer. Et sur la symbolique de l’Orient. | A interpretação de Rimbaud nunca se esgota. Interrogarmo-nos sobre a presença do Oriente na sua obra – ou mesmo na sua vida – representa uma via para se aceder ao seu « segredo ». Daí este olhar sobre algumas páginas das Illuminations e de Une saison en enfer. E sobre a simbólica do Oriente. | The interpretation of Rimbaud is never over. Analysing the presence of the Orient in his works, if not in his life, indicates a path toward his « secret ». Hence this study of certain pages of Illuminations and Une saison en enfer and on the symbolism of the Orient. |
Sylvie Sesé-Léger
L’autre du désert (Isabelle Eberhardt)
| Dans sa vie brève et aventureuse, Isabelle Eberhardt, journaliste et romancière russe, exalte la mélancolie du désert aux portes de l’Orient. Sous une identité masculine d’emprunt, elle partage la vie nomade des populations du Sahara. Personnage mystérieux et contrasté, elle adhère à l’islam, et se fait initier dans une confrérie soufie. Ses chroniques de la vie dans les oasis du Sud algérien, ses reportages sur la pacification de la région, seront édités après sa mort, lors de la catastrophe d’Aïn Sefra, à l’automne 1904. Isabelle Eberhardt avait vingt-sept ans. Dans sa courte existence, elle tenta de surmonter la blessure de sa bâtardise en se faisant reconnaître comme écrivain. | Na sua vida breve e aventurosa, Isabelle Eberhardt, jornalista e romancista russa, exalta a melancolia do deserto às portas do Oriente. Assumindo uma identidade masculina, partilha a sua vida nómada com as populações do Saara. Personagem misteriosa e contrastada, adere ao Islão e torna-se neófita numa confraria sufi. As suas crónicas sobre a vida nos oásis do sul da Argélia, bem como as suas reportagens sobre a pacificação da região, serão editadas depois da sua morte ocorrida durante a catástrofe de Aïn Sefra em Outubro de 1904. Isabelle Eberhardt tinha então vinte e sete anos. Tentou, durante a sua curta existência, ultrapassar a ferida da sua bastardia ao consagrar-se como escritora. | In her short and adventurous life, the Russian journalist and novelist, Isabelle Eberhardt, exalted the melancholy of the desert on the frontier of the Orient. Borrowing a masculine identity, she shared the nomadic life of the people of the Sahara. She was a mysterious and contradictory character, who espoused Islam, and got admitted to the Soufie brotherhood. Her chronicles of a life in the oasis of Southern Algeria, her reports of the pacification of the region, were published after her death, which occurred during the catastrophe of Ain Sefra in the autumn of 1904. Isabelle Eberhardt was twenty-seven years old. During her short life, she tried to surmount the wound of illegitimacy by seeking recognition as a writer. |
Dejanirah Couto
Goa secrète
| L’article examine quelques modalités du « secret » dans la Goa coloniale en envisageant la fonction de celui-ci à la fois comme forme de contre-pouvoir et de domination symbolique du dominé, mais aussi comme forme de résistance et instrument de (re)construction identitaire de la population colonisée. | O artigo explora algumas das modalidades do « segredo » na Goa colonial na sua função de contra-poder e domínio simbólico sobre o povo dominado, mas também como modo de resistência e instrumento da (re)construção identitária da população colonizada. | This article examines some modalities of the secret in the colonial Goa, by envisaging its function both as a form of counter power and symbolic domination of the dominated, but also as a form of resistance and an instrument of (re)construction of the identity of the colonised population. |
Hugues Didier
Tel le diable, tel le morisque, le missionnaire jésuite…
| En Orient, à la différence de l’Occident, le secret est le cœur des religions. Pour saint François Xavier, il était difficile d’admettre que l’hindouisme ne fût pas une religion homogène et unifiée. De son coté, le brahmane peine à concevoir que le christianisme ne contienne pas quelque doctrine cachée. C’est seulement après 1549, lors de son établissement au Japon, que François Xavier se rendit compte que l’Asie était très compliquée. Après lui, les missionnaires furent conduits à recourir à ce qui mériterait d’être appelé le double déguisement du messager et du message chrétien, à savoir révéler leurs véritables intentions au terme de délais longs et suivre des stratégies fondées sur le secret, c’est-à-dire prendre en compte la part éminente que celui-ci occupe dans la conscience religieuse de maints peuples d’Orient. Différents exemples de ces pratiques missionnaires sont exposés ici. | Todas as religiões orientais assentam, em diversos graus, no segredo, sendo necessariamente acompanhadas de práticas esotéricas. O cristianismo da Magna Igreja é, pelo contrário, puramente exotérico, na medida em que os artigos da fé se aplicam – e de forma imediata – a todos, eruditos como ignorantes. Contudo, o desejo de introduzir a fé em Cristo na Ásia obrigou também os missionários a abrirem um importante espaço ao segredo e à sua progressiva revelação. Seguiram assim, na verdade, as consignas deixadas pelo fundador deste movimento, Inácio de Loyola, que recomenda aos apóstolo que se comportem como o diabo durante a tentação: manipular o segredo, desvendando-o apenas no termo de um longo processo. | To different degrees, the secret is the foundation of all oriental religions which necessarily have esoteric rituals. To the contrary, Christianity of the Great Church is purely exoteric, that is the articles of faith apply to all, the educated and the ignorant, and in the here and now. However, the will to introduce the faith of Christ in Asia obliged the Jesuit missionaries to leave room for the preservation of the secret, to progressiveness in its revelation. Doing so, they only followed the instructions of their founder, Ignatius Loyola, who recommended that the apostle behave like the devil in the temptation: precisely by handling the secret only to reveal it after a long process. |
Véronique Porret
Changhaï
des pas perdus. Vichy en Asie
|
Qui sait aujourd’hui que des Français vécurent, de 1859 à 1946, en terre de Chine, à Changhaï, sur seize kilomètres concédés par les Chinois à l’issue des guerres de l’Opium ? Qu’ils furent pris dans l’entrelacs complexe de la deuxième guerre mondiale et de celle du Pacifique avant de devoir leur salut à Hiroshima. Qu’au moment de Vichy une poignée d’anciens combattants y organisèrent une résistance gaulliste. Cette nouvelle est dédiée à ces Changhaïens qui luttent contre l’oubli quand d’autres cherchent à effacer ou à réécrire l’Histoire. Que cela soit à Paris, Nice, Marseille ou encore Outre-Atlantique. |
Quem se lembra hoje que, entre 1859 e 1956, viveram Franceses em terras de China, mais precisamente em Xangai, ocupando uma área de dezasseis quilómetros concedida pelos Chineses na sequência das guerras do Ópio ? Que foram apanhados nas complexas teias formadas pela Segunda Guerra Mundial e a Guerra do Pacífico antes de serem salvos por Hiroshima ? Que, no período de Vichy, um punhado de antigos combatentes organizou nessas terras uma resistência gaulista ? Esta novela é dedicada a estes xangaienses que lutam contra o esquecimento numa altura em que outros procuram apagar ou rescrever a História. Que seja em Paris, em Nice, em Marselha ou ainda Além-Atlântico. | Who today knows that the French lived on Chinese territory from 1859 to 1946, in Changhaï, on sixteen kilometres granted by the Chinese at the end of the Opium Wars ? Or that they were caught up in the complex interlacing of the Second World War with that of the Pacific before owing their salvation to Hiroshima ? That, during the Vichy government, a handful of ex-service men there organised a Gaullist resistance ? This story is dedicated to these Frenchmen of Changhaï who fight to be remembered when others seek to erase or to rewrite History. Be that in Paris, Nice, Marseille or beyond the Atlantic. |
Laurence Motoret
Fu Manchu : Le soufre de l’Orient
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Au temps où l’Occident craignait l’ire des peuples qu’il avait colonisés, un écrivain anglais, Sax Rohmer, inventa le personnage de Fu Manchu pour incarner l’Orient de tous les secrets… |
Numa altura em que o Ocidente temia a ira dos povos que colonizara, um escritor inglês, Sax Rohmer, inventou a personagem de Fu Manchu para incarnar o Oriente de todos os segredos… | In the days when the West feared the rage of the peoples it had colonised, an English writer, Sax Rohmer, created the character Fu Manchu to represent the East, land of all the secrets… |
Étienne Germe
Se créer : la poésie extrême-occidentale de François Cheng
| Cet article est une libre variation proposée par le lecteur que je suis de l’œuvre de François Cheng à partir de la rencontre musicale de deux expressions : « secret est », « se créer ». Il me semble en effet que cette parenté sonore connaît dans la poésie extrême-occidentale de François Cheng une résonance presque instrumentale, tant les idées de genèse et de renaissance viennent redoubler l’itinéraire biographique de l’écrivain à la manière d’une secrète intensité. | Este artigo consiste numa variação livre, proposta pelo leitor que sou da obra de François Cheng, a partir do encontro musical de duas expressões: « secret est », « se créer ». Este parentesco sonoro adquire de facto, a meu ver, na poesia extremo-oriental de François Cheng uma ressonância quase instrumental de tal forma as ideais de génesis e de renascimento reproduzem o itinerário biográfico do escritor conferindo-lhe uma secreta intensidade. | The article is a free variation proposed by this reader of the works of François Cheng based on the musical meeting of two expressions : « secret est » and « se créer ». It seems indeed that this sonorous relation in the far-eastern poetry of François Cheng offers a nearly instrumental resonance, as the ideas of genesis and of rebirth reiterate the biographical itinerary of the writer in the manner of a secret intensity. |
Dominique Samson Normand de Chambourg
Fragments de l’Orient russe : La Mère de Dieu dans des neiges de sang
| Il y avait l’histoire officielle des Khantys de Sibérie. Et puis celle consignée dans les archives secrètes du Parti. Depuis la fin des années 1980, la publication de nombre de ces documents et sources encore inédits occupe l’espace public. Ainsi l’affaire n° 2/49 ouverte le 1er février 1934 et close le 10 juin 1934 dans les archives de nkvd de l’oblast d’Omsk. Huit tomes pour consigner le soulèvement des Khantys du Kazym dans les neiges de l’hiver 1933-1934 face à l’avancée de l’utopie soviétique dans la taïga. Mais là où s’arrête le rapport du cadre politique commence le dernier roman de l’écrivain Eremej Ajpin, La Mère de Dieu dans des neiges de sang (2002), qui résonne de la violence des représailles et rassemble les fragments douloureux d’un Orient russe perdu. | Primeiro, havia a história oficial dos Khantys da Sibéria. Depois, houve a que foi consignada nos arquivos do Partido. Depois da publicação, a partir dos anos 1980, de muitos destes documentos e fontes ainda inéditas, esta história passou para o domínio público. É o que se verifica com o caso nº 2/49 aberto no dia 1 de Fevereiro de 1934 e fechado a 10 de Junho do mesmo ano nos arquivos do nkvd do oblast de Omsk. São oito volumes que dão conta da insurreição, nas invernosas neves de 1933-1934, dos Khantys do Kazym contra as investidas da utopia soviética nas estepes. Mas, onde termina o relato de natureza política, começa o último romance do escritor Eremej Ajpin, La Mère de Dieu dans des neiges de sang (2000), no qual ecoa a violência das represálias e que reúne os fragmentos dolorosos de um Oriente russo perdido.. | There was the official story of the Khantys of Siberia. And then the other one left to the secret archives of the Party. Since the end of the eighties, the publication of a number of these documents and, as yet unknown, sources have come to the public eye. Thus, affaire N° 2/49 opened on 1st February 1934 and classified on 10th June 1934 in the NKVD archives of the Omsk oblast. Eight volumes cover the uprising of the Khantys of Kazym in the snowy winter of 1933-1934 confronted by the advancement of the Soviet utopia in the Taïga. However, it is where the political report ends that the last novel of writer Eremej Ajpin begins. His novel, La Mère de Dieu dans des neiges de sang (2002) resonates from the violence of the reprisals and gathers the painful fragments of a lost Russian Orient. |
Claude Léger
Bazar
d’Orient
| Il s’agit d’un parcours personnel, avec son côté fourre-tout, à l’instar des anciens « bazars-drogueries » de province. C’est, en passant d’un rayon à l’autre, la « revisitation » d’un imaginaire qui s’inscrit dans celui que véhicule l’Occident depuis au moins la Campagne d’Égypte, et qui a toujours pris la forme de l’itinéraire, fût-ce de Pyramides à Bir-Hakeim : l’emprise des signifiants plutôt que l’empire des signes. | Trata-se de um percurso pessoal, com a sua vertente caótica, à imagem dos antigos « bazares-mercearias » da província. Trata-se, passando de uma prateleira para a outra, de « revisitar » um imaginário que se inscreve naquele que o Ocidente veicula pelo menos desde a Campanha do Egipto e que sempre assumiu os contornos de um itinerário, nem que seja o que vai de Pirâmides a Bir-Hakeim: o império dos significantes mais do que o império dos signos. |
It is about a personal trajectory, with its « everything but the kitchen sink » aspect, like the old drug and hardware stores in the provinces. Going from one aisle to another, « revisiting » the imaginary of that which has carried the West since at least the Egyptian campaign, and which has always taken the form of an itinerary, be it from the Pyramids to Bir-Hakeim, the domination of signifiers rather than the empire of signs. |
* Les résumés ont été traduits en anglais par Barbara Villez et en portugais par Carlos F.C. Carreto.
http://www.sigila.msh-paris.fr