Science et secrets – Ciência e segredos
printemps - été 2005
Préface de Pierre Hadot :
Le Voile d’Isis
ou les secrets de la nature
Louis-Ernest Barrias : La Nature se dévoilant devant la Science
Daniel Koren : L’univers – supposé – savoir
António Gedeão : Poema para Galileo
Walter Appel : L’inaccessible mathématique
Philippe Boudon : L’architecture secrète de la géométrie
Claude Comte : La mécanique quantique, une théorie
en quête de son objet
Vincent Fleury : Alan Turing, une vie de secrets
Laurence Motoret : Robin Cook : science au secret n’est que ruine de l’âme
Rafael Encinas de Munagorri : Liberté d’expression et confidentialité :
les
chercheurs face à leurs institutions
Patrick Corneau : L’humiliation par la science. Contribution à une
heuristique de la déception
Marielle Ferragne : Le secret des cœurs de pomme
Jean Widemann : Un secret dans la mesure de la latitude par les marins portugais
du xvi siècle ?
Delphine Bouit : Spinoza avait raison bien davantage
Patrick Sbalchiero : Science et surnaturel. Divorce ou rapprochement ?
Danielle Jacquart : Des « Secrets d’Hippocrate » aux « Secrets de Ræzî »
André Bolzinger : Le double jeu de Pierre Janet
Monique Le Moing : L’Aliéniste de Machado de Assis
João Caraça :
O segredo da
ciência
Carlos Drummond de Andrade :
O companheiro oculto de Aitken-14, traduit
par Monique Le Moing
Cândido Portinari, dessin
Anthologie du secret
Luís de Camões : Extraits des chants V et
X des Lusiades
Joaquim Du Bellay : Dedans le ventre obscur
Jean-Baptiste Chassignet : Est-il rien de plus vain
Juan Ramón Jiménez : Nocturno /Nocturne, traduit par Bernard Sesé
Affonso Romano de Sant’Anna : Breve história da ciência
Lectures
Nicole Fabre,
L’inconscient de Descartes,
Bayard, 2003 (Bernard Sesé)
Le Pavé mosaïque, « Secret et transparence dans la Franc-maçonnerie »,
Dervy, 2003 (Florence Lévi)
Barbara Cassin (dir.), Vocabulaire européen des philosophies, Le Seuil-Le
Robert, 2004 (François Trémolières)
Catherine Muller, L’énigme, une passion
freudienne, éd. Éres, 2004 (Patrick
Avrane)
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Résumés - Resumos – Abstracts*
Daniel Koren
L’univers – supposé – savoir
(Quelques réflexions psychanalytiques concernant la place du secret dans le travail scientifique)
| Le cadre rigoureux de la méthode scientifique, garant de l’objectivité de la science, peut réserver quelques secrets. Notamment ceux qui concernent ce que la méthode écarte, à savoir : le désir du scientifique lui-même, clivé entre énoncé et énonciation. La figure emblématique de grands savants (Newton, Einstein, Hawking et quelques autres) nous permet de mettre en perspective notre propos. Par ricochet, cela éclaire le point de conjonction et de disjonction entre le discours scientifique et la psychanalyse. | O rigoroso quadro do método científico, garante da objectividade da ciência, pode ocultar alguns segredos. Nomeadamente os que dizem respeito àquilo que o método procura afastar do seu campo, ou seja, o desejo do próprio cientista, clivado entre enunciado e enunciação. A figura emblemática de grandes investigadores (Newton, Einstein, Hawking e outros mais) permitir-nos-á enquadrar o nosso propósito e, por via de consequência, esclarecer o ponto de convergência e de disjunção entre discurso científico e psicanálise. | The rigorous framework of scientific methodology, a guarantee of scientific objectivity, holds several secrets. Among them are especially those which method rejects such as : the desire of the scientist himself, caught between utterance and the uttering. The emblematic figure of great scientists (Newton, Einstien, Hawking and others) illustrates this idea. Such a study throws light on the conjuction and split between scientific discourse and psychoanalysis. |
Walter Appel
L’inaccessible mathématique
| En quête de vérités mathématiques, les chercheurs ont été confrontés à un comportement singulier des théories mathématiques : leur vérité ou leur fausseté n’est qu’une question de choix, et ne peut reposer sur la déduction pure. Cette incomplétude d’une théorie athématique, incomplétude inamovible, bien loin d’être un frein, offre au contraire de nouveaux chemins inespérés à la recherche. | Em busca de verdades matemáticas, os investigadores têm sido confrontados com um singular comportamento das teorias matemáticas: a sua verdade ou falsidade é apenas uma questão de escolha, não podendo basear-se na pura dedução. Esta incompletude de uma teoria atemática, incompletude inamovível, longe de constituir um travão, oferece, pelo contrário, novos e inesperados caminhos para a investigação. | Searching for mathematical truths, researchers have been faced with the singular behaviour of mathematical theories ; their truth or falsity is merely a question of choice, rather than pure deduction. This constant incompleteness of an athematic theory, far from blocking research, on the contrary has offered new openings. |
Philippe Boudon
L’architecture secrète de la géométrie
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Comme un objet architectural – fût-il un « cube » tel que l’Arche de la Défense – se distingue de l’objet géométrique du même nom, « cube », en raison de son échelle, et qu’en conséquence l’espace architectural diffère spécifiquement de l’espace géométrique, l’expression architecturologique d’échelle géométrique apparaît paradoxale. Or, elle permet justement d’identifier et de désigner ce qui, même en géométrie, procède d’autre chose que, à proprement parler, la géométrie entendue comme partie des mathématiques. Si de nos jours la géométrie est devenue un système d’axiomes et de déductions indépendant des figures, le dessin des figures ne ressortit plus aux mathématiques. Relevant alors d’une opération qui évoque « l’art caché » du schème kantien, il peut être rangé dans l’ordre de la conception architecturale, dont l’échelle géométrique, en architecturologie, désigne précisément une des opérations. |
Da mesma maneira que um objecto arquitectónico – mesmo tratando-se de um « cubo » como o do Arco da Défense – se distingue do objecto geométrico com o mesmo nome de « cubo » em virtude da sua escala, e que, por conseguinte, o espaço arquitectónico difere substancialmente do espaço geométrico, a expressão arquitecturológica de escala geométrica surge como paradoxal. Ora, esta expressão permite identificar e designar o que, mesmo em geometria, procede de uma outra coisa que não a geometria entendida como parte das matemáticas. Se, hoje em dia, a geometria se tornou num sistema de axiomas e de deduções independentes das figuras, o desenho das figuras deixou de estar vinculado às matemáticas. Passando então a integrar uma operação que evoca a « arte escondida » do sistema kantiano, pode ser incluído na ordem da concepção arquitectónica cuja escala geométrica designa precisamente uma das operações no âmbito da arquitecturologia. | An architectural cube – such as, for instance, the « Arche de la Défense » in Paris – differs from a geometrical « cube » in terms of scale and for that reason, architectural space and geometrical space are essentially different. But this makes somewhat paradoxical the architecturological expression of geometrical scale. Nevertheless, it makes it possible to identify and designate a kind of operation which is not a mathematical operation since nowadays, geometry is no more than a system of axioms and deductions, independant of so called « geometrical figures ». Close to Kant’s concept of « scheme », geometrical scale, in architecturology, designates operations by which geometrical figures are designed outside any mathematical concern. |
Claude Comte
La mécanique quantique, une théorie en quête de son objet
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La théorie quantique n’a cessé de susciter d’innombrables applications techniques depuis qu’elle est apparue en 1925, et en dépit de cela, cette théorie est restée mystérieuse à cause d’incertitudes sur la nature des objets quantiques, provenant essentiellement de ce que les propriétés de ces objets sont contextuelles. L’objectif de cet article est de donner une définition de la contextualité telle qu’on la rencontre en physique quantique en vue d’éventuelles extensions aux sciences humaines, et de faire voir une voie de résolution de l’énigme. |
Apesar de a teoria quântica nunca ter deixado de suscitar inúmeras aplicações técnicas desde que surgiu em 1925, continua a permanecer um mistério em virtude das incertezas quanto à natureza dos objectos quânticos, uma incerteza que deriva essencialmente do facto de as propriedades destes objectos serem contextuais. Este artigo pretende assim dar uma definição da contextualidade tal como a encontramos no domínio da física quântica com vista a eventuais extensões às ciências humanas, procurando-se entreabrir uma via para a resolução do enigma. | The Quantum theory has given rise to innumerable technical applications since its creation in 1925, and inspite of this, the theory has remained mysterious because of uncertainties as to the nature of quantum objects, essentially because the properties of such objects depend on context. The aim of this article is to define « contextuality » such as it is encountered in quantum physics, to extend it to other humanities, and to discover a way to resolve the enigma. |
Vincent Fleury
Alan Turing, une vie de secrets
| L’auteur présente quelques aspects de la vie et de l’œuvre de ce grand mathématicien, vues à travers le prisme du secret. Sa vie et son œuvre se décantent finalement en un secret unique, le secret de l’être Turing lui-même. Selon l’auteur, le véritable secret d’Alan Turing est qu’il n’y a pas de secret : l’âme humaine constitue un mystère ultime qui ne peut pas être révélé. Cette impossibilité serait à l’origine du mythe, et de l’irrésistible transformation en demi-dieu des grands esprits. |
Este artigo visa apresentar alguns aspectos da vida e obra do grande matemático que foi Alan Turing através do prisma do segredo. Vida e obra fundem-se aliás num segredo único, o segredo do próprio ser de Turing. O verdadeiro segredo de Alan Turing reside no facto de não haver segredo algum: a alma representa um mistério último impossível de ser desvendado. Esta impossibilidade estaria na origem do mito e da irresistível transformação dos grandes espíritos em semi-deuses. |
The author presents some aspects of the life and work of this great mathematician, seen through the prism of the secret. His life and work become clear in the end as a unique secret : the secret of being Turing himself. According to the author, the true secret of Alan Turing is that there is no secret : the human soul is a final mystery which cannot be revealed. This impossibility would be at the origin of the myth, and of the irresistible transformation of great minds into demi-gods. |
Rafael Encinas de Munagorri
Liberté d’expression et confidentialité : les chercheurs face à leurs
institutions
| Les chercheurs scientifiques sont, pour la plupart, des travailleurs subordonnés qui se voient imposer des obligations de confidentialité. Tenir au secret les chercheurs va à l’encontre du principe de liberté d’expression, ce qui pose un problème particulier lorsqu’un chercheur détient une vérité d’intérêt général que son employeur souhaite garder confidentielle. | Os investigadores científicos são, na sua maioria, trabalhadores por conta de outrém a quem é imposta a confidencialidade. Ora, vincular os investigadores ao segredo constitui um entrave ao princípio de liberdade de expressão que levanta sérios problemas nomeadamente quando um investigador detém uma verdade de interesse público que o seu empregador deseja manter confidencial. | Scientists are, for the most part, subordinated workers submitted to confidentiality obligation. Imposing secrecy on researchers goes against the principle of free speech, which poses a particular problem when a scientist makes a discovery of general interest which his employer wishes to keep secret. |
Patrick Corneau
L’humiliation par la science.
Contribution à une heuristique de la déception
| En élargissant le concept de l’immunité biologique à son acception mentale et psychodynamique, on trouve une toile de fond devant laquelle la légende fameuse de Sigmund Freud sur les trois vexations infligées par la science à l’humanité (Copernic, Darwin et la psychanalyse) peut faire l’objet d’une nouvelle lecture. L’histoire des sciences modernes peut, en effet, être interprétée comme un processus de vexations progressives conduisant au démantèlement du narcissisme anthropologique, avec ses illusions sur le centre et la souveraineté. On peut alors émettre l’hypothèse psycho-historique selon laquelle la civilisation est l’histoire du recadrage des narcissismes à travers des cycles de vexation et de régénération des systèmes immunitaires mentaux. | Ao alargarmos o conceito de imunidade biológica à sua acepção mental e psicodinâmica, encontramos fundamentos para que a célebre lenda de Sigmund Freud sobre as três vexações infligidas pelas ciência à humanidade (Copérnico, Darwin e a psicanálise) possa ser objecto de uma nova leitura. A história das ciências modernas pode, com efeito, ser interpretada como um processo de progressivas vexações conducentes ao desmantelamento do narcisismo antropológico com as suas ilusões sobre o Centro e a Soberania. Podemos então formular a hipótese psico-histórica segundo a qual a civilização é a história do reenquadramento destes narcisismos através dos ciclos de vexação e regeneração dos sistemas imunitários mentais. | By enlarging the concept of biological immunity to its mental and psychodynamic meaning, a new reading becomes possible for Sigmund Freud’s famous legend concerning the three humiliations science has inflicted on humanity (Copernicus, Darwin and psychoanalysis). The history of modern science can indeed be interpreted as a process of progressive humiliations leading to the destruction of anthropological narcissism, with its illusions as to the notions of center and sovereignty. It is possible to propose a psycho-historical hypothesis according to which civilisation is the history of reframing narcissisms through cycles of humiliation and regeneration of mental immunity systems. |
Jean Widemann
Un secret dans la mesure de la latitude par les marins
portugais du XVIe siècle ?
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La navigation portugaise du XVIe siècle était basée sur la mesure quotidienne de la latitude avec l’astrolabe et la précision de cette mesure était très importante. L’auteur pense qu’un dispositif de mesure précise des angles, analogue au vernier mais moins précis que ce dernier, pourrait avoir été utilisé et, comme il n’existe aucune preuve de l’existence d’un tel dispositif, il avance l’hypothèse qu’on ait pu la garder secrète. |
A navegação portuguesa do século XVI baseava-se na medição quotidiana da latitude através do astrolábio. A precisão destes dados era de suma importância. Neste sentido, o autor considera que poderá ter sido utilizado um dispositivo de medição dos ângulos análogo ao vernier embora menos preciso que este último. Só que, não havendo qualquer prova da existência de semelhante dispositivo, coloca-se a hipótese de esta ter sido mantida em segredo. | In the sixteenth century, Portuguese navigation was based on the daily measurement of latitude with an astrolabe, and accuracy of this measurement was most important. The author presumes that a device for measuring angles accurately, similar to the vernier but less accurate, might have been in use and, as there is no evidence it existed, suggests that it might have been kept secret. |
Delphine Bouit
Spinoza avait raison bien davantage
| Depuis des siècles, les philosophes cherchent à percer le secret de la nature de la conscience et à ouvrir les chemins de la connaissance utile pour résoudre cette énigme. Aujourd’hui, les scientifiques prétendent répondre à cette quête et, ce faisant, s’élèvent contre cartésianistes ou phénoménologues. Mais, force est de constater qu’un philosophe conserve son statut référentiel. « Spinoza avait raison », disent, chacun à leur manière, Damásio et Atlan. Cependant, Spinoza n’est pas seulement allé plus loin que les scientifiques, il a cherché ailleurs pour résoudre le mystère. | Há séculos que os filósofos procuram desvendar o segredo da natureza da consciência e abrir os caminhos de um conhecimento válido para resolver o enigma. Os cientistas tentam hoje dar uma resposta a esta busca, insurgindo-se contra os cartesianos ou os fenomenologistas. Mas a verdade é que um filósofo conserva sempre o seu estatuto referencial. « Espinosa tinha razão », afirmam, cada qual à sua maneira, Damásio e Atlan. No entanto, Espinosa foi não somente mais longe que os cientistas como procurou noutros lugares a resolução do mistério. | For centuries, philosophers have sought to break the secret of the nature of the conscience which would be useful to resolve this enigma. Today, scientists claim to have found an answer to this search, and in so doing rise up against the Cartesians and the phenomenologists. However, it is necessary to note that a philosopher conserves his referential status. Damásio and Atlan, each in his own way, claim that « Spinoza was right ». Nevertheless, Spinoza did not only go further than the scientists, he went elsewhere to resolve the mystery. |
Patrick Sbalchiero
Science et surnaturel. Divorce ou rapprochement ?
| Depuis l’Antiquité gréco-latine, la nature cacherait des « secrets » aux hommes. Seuls des initiés, des poètes puis des scientifiques lèveraient le voile du mystère. Les lois naturelles resteraient la partie visible de l’iceberg. Au-delà, ou en deçà, la vérité échapperait aux communs des mortels. La gnose, si présente dans notre civilisation, (y compris la gnose « rationalisante » comme celle de Princeton) rendrait compte de cette « vérité métaphysique ». Dans ce cadre conceptuel, le surnaturel (chrétien) se résumerait-il également à un discours initiatique ? Le surnaturel serait-il réservé à quelques-uns ? Les sciences contemporaines peuvent-elles donc dialoguer avec le surnaturel, notamment dans ses manifestations physiques ? Devons-nous opposer science et foi ? Ou, au contraire, comprendre que ces deux pôles de la culture humaine sont une expression de la recherche de la vérité ? | Desde a Antiguidade grego-latina que se julga que a natureza esconde os seus « segredos » aos homens. Apenas os iniciados – poetas e, a seguir, cientistas – seriam então dignos de levantarem o véu do mistério. As leis naturais permaneceriam como a parte visível do iceberg. Além, ou aquém, a verdade acabaria sempre por escapar ao comum dos mortais. Caberia então à gnose, tão presente na nossa civilização (inclusive uma gnose « racionalisante » como a de Princeton), dar conta desta « verdade metafísica ». No seio deste quadro conceptual, será que também o sobrenatural (cristão) se resume a um discurso iniciático apenas reservado a uns poucos eleitos ? Neste sentido, poderão as ciências contemporâneas dialogar com o sobrenatural nomeadamente nas suas manifestações físicas ? Dever-se-á opor ciência e fé ? Ou, pelo contrário, entender que estes dois pólos da cultura humana são ambos uma expressão da busca da verdade ? | Since Greco-latin antiquity, nature has hidden its « secrets » from man. Only those who are initiated, first the poets and then scientists, have unveiled the mystery. The laws of Nature have remained the visible part of the iceberg. Beyond or apart from it, the truth has excaped the common mortal. The gnose, so present in our civilisation (including the « rationalising » gnose like Princeton’s) would give witness to this « metaphysical truth ». In this conceptual framework, could the (Christian) supernatural also be resumed as an initiating discourse ? Would the supernatural be reserved to a selected few ? Can the contemporary sciences thus dialogue with the supernatural, and especially in its physical manifestations ? Must we contrast science and faith ? Or on the contrary, should we understand these two poles of human culture to be an expression of the search for truth ? |
Danielle Jacquart
Des « Secrets d’Hippocrate » aux « Secrets de Ræzî »
| Les « Livres de Secrets » ne furent pas rares dans le domaine de la médecine, durant l’Antiquité tardive et au Moyen Âge. Ils étaient censés révéler des savoirs tirés d’expériences pratiques d’une valeur exceptionnelle. À Hippocrate était ainsi attribué faussement un livre de secrets, soi-disant découvert dans sa tombe. Dans le prologue à son ouvrage sur le Secret de l’art médical, le médecin et philosophe ar-Ræzî (ixe-xe siècle) s’oppose fermement à la pratique des secrets dans l’art médical. C’est, selon lui, par la transmission des connaissances et des faits d’expérience que la part de secret que contient la nature pourra être diminuée, ou du moins rendue inoffensive. | São relativamente frequentes, durante a Antiguidade tardia e a Idade Média, os “Livros dos Segredos” no domínio da medicina. Consistiam em revelar conhecimentos oriundos de experiências práticas com excepcional valor. Atribuiu-se erradamente a Hipócrates, por exemplo, um livro dos segredos supostamente descoberto no seu túmulo. No prólogo da sua obra sobre o Segredo da arte médica, o médico e filósofo ar-Ræzî (séculos ix-x) opõe-se no entanto, e com firmeza, à prática dos segredos na arte médica. Na sua perspectiva, é através da transmissão dos conhecimentos e das experiências que o segredo contido na natureza poderá ser, em parte, restringido ou, pelo menos, tornado inofensivo. | « Books of Secrets » were not rare in the field of medicine during late antiquity and the medieval period. They were supposed to reveal exceptional knowledge drawn from practical experience. One such book was falsely attributed to Hippocrates, this assumption based on the fact that it was found in his tomb. In the prologue to his Book on the secret of medical art, the physician and philosopher ar-Ræzî (9th-10th c.) wrote that he was against the practice of secrets in medicine. He felt that only through the transmission of knowledge and empirical data, would physicians be able to reduce, or at least render innocuous, the secret contained in Nature. |
André Bolzinger
Le double jeu de Pierre Janet
| Pierre Janet (1859-1947) a été honoré après 1918 comme un savant tricolore, promoteur d’une psychologie à la française, rempart contre la mode des penseurs de langue allemande. Cette promotion opportuniste a fermé les yeux sur sa pratique ancienne du double jeu, louvoyant entre philosophie et psychologie, entre psychiatrie et neurologie, entre analyse clinique et explication théorique. La référence à Charcot a tenu une place centrale dans le parcours de celui qui fut le dernier thésard de l’illustre neurologue et le seul à se réclamer de lui pour démanteler la doctrine de l’hystérie qui faisait le renom de la Salpêtrière. | A seguir a 1918, Pierre Janet (1859-1947) foi lembrado como sendo um erudito tricolor, promovendo uma psicologia à francesa que servira de muralha contra a moda dos pensadores de língua alemã. Esta reabilitação oportunista ocultou a sua antiga prática baseada num duplo jogo situado constantemente nos limiares da filosofia e da psicologia, da psiquiatria e da neurologia, da análise clínica e da explicação teórica. A referência a Charcot ocupou um lugar central na trajectória daquele que foi o último doutorando do ilustre neurologista e o único a reivindicar a sua herança para desmantelar a doutrina da histeria na qual assentava a fama da Salpêtrière. | Pierre Janet (1859-1947) was honoured as a French scientist after 1918, for promoting a form of French psychology in opposition to the German tradition. His well-timed contribution diverted attention from the former practice of zigzagging between philosophy and psychology, between psychiatry and neurology, between clinical analysis and theoretical explanations. Reference to Charcot is central to the work of Janet, who was, in fact, the illustrious neurologist’s last thesis student and the only one to dismantle, in his name, the doctrine of hysteria, bringing on the fame of the Salpêtrière. |
João
Caraça
O segredo da ciência
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Certains pouvoirs ont créé, tout au long de l’histoire, des limites et des entraves à la libre circulation des connaissances scientifiques, en les réservant uniquement à des communautés scientifiques pendant des périodes jugées convenables. Curieusement, cette pratique n’a pas empêché l’avancement des connaissances scientifiques. Peut-être parce que ces périodes n’ont pas été trop longues… |
Alguns poderes têm criado, ao longo da história, limites e entraves à livre circulação de conhecimentos científicos, restringido-os às respectivas comunidades científicas isolados durante períodos julgados convenientes. Curiosamente, este procedimento não constituiu impedimento para o avanço dos conhecimentos científicos. Talvez porque esses períodos não foram demasiado longos… |
Authorities throughout history have defended limits and constraints on the free circulation of scientific knowledge, reserving it, isolating it, to their respective scientific communities for periods determined to be appropriate. Strangely, this practice has not prevented scientific knowledge from progressing. Perhaps this is because the periods were not too long… |
http://www.sigila.msh-paris.fr